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 ·  introduction ·  I ·  II ·  III ·  IV ·  V ·  VI ·  VII ·  VIII ·  IX ·  X ·  XI ·  XII ·  conclusion ·  bibliographie ·

 

I - UNIFORMITE ET HIERARCHIE

1. Les pesanteurs et les hésitations de la cavalerie

2. Rossbach et Minden

3. Les efforts de Choiseul

4. L'ordonnance de 1777

5. Les problèmes hiérarchiques

II - EQUITATION ET COMMANDEMENT

1. Homme de cheval, homme de guerre (Saunier et d'Autheville)

2. L'équitation discipline de la troupe à cheval (Lubersac et d'Auvergne)

ANNEXE DU CHAPITRE VI :

LES THEORICIENS DE L'EQUESTRATION MILITAIRE AU XVIIIe SIECLE

(notes)

 

 

CHAPITRE VI - LES ROUAGES DE LA CAVALERIE

"Nulle administration ne peut remplacer celle des corps" (1). Cette affirmation du comte de Saint Germain fut le projet irréalisé du XVIIIe siècle. Ce chapitre s'attachera à montrer les difficultés d'organisation de la cavalerie dans l'effort de considérer l'arme à cheval comme un corps. Le gouvernement royal essaya d'établir une uniformité de la cavalerie tout en établissant hiérarchie, nécessaire au besoin nouveau de commandement.

Ces préoccupations, dont le contenu est alors mal arrêté, échouèrent dans leur application. Ensuite avec la présentation de l'équitation militaire, on constate l'évolution de l'art équestre qui devient autant une doctrine pour le commandement que pour le dressage de la troupe.

I - UNIFORMITE ET HIERARCHIE

Jusqu'en 1715, de nombreuses modifications sont faites dans la constitution de la cavalerie, tant sous le rapport des effectifs de l'escadron et de la compagnie, que du nombre des régiments. Mais on ne trouve pas de traces profondes de changement dans la tactique et les manoeuvres. La France avait constamment cinq armées sur pied, une en Allemagne, une aux Pays Bas, une au Piémont, une en Espagne et une en Alsace. On ne pensait guère à l'uniformité des manoeuvres.

1. Les pesanteurs et les hésitations de la cavalerie

Après la paix d'Utrecht, le 11 avril 1713, toute la cavalerie subit d'importantes réductions. De nombreux régiments, créés pendant les guerres sont supprimés ou regroupés. A l'avènement de Louis XV, la cavalerie se compose de 58 régiments de cavalerie, 14 de dragons et 2 de hussards.

En garnison et dans les quartiers, les capitaines chargés de 1'entretien de leurs compagnies, montrent peu de zèle à les conduire aux exercices. Car chaque séance est toujours l'occasion de dépense pour réparer le harnachement ou pour changer d'équipement. Leurs troupes étaient une "sorte de terre" dont le rapport devait être le plus grand possible.

Le Roi ordonna la réunion dans plusieurs camps des diverses troupes afin qu'elles s'y forment à un exercice général. L'idée d'accoutumer les régiments pendant la paix aux exercices, mouvements et évolutions, progressait lentement. La diversité des multiples essais montre la difficulté à trouver une codification des principes établissant l'uniformité si nécessaire à l'instruction et à l'établissement d'une stratégie conséquente. Le Sieur de Briquet édite en 1728, un "code militaire ou compilation des ordonnances des Roys de France, concernant les gens de guerre". Ce code est réédité plusieurs fois en 1734, 1741, 1761. Le Sieur de Briquet, commis au Ministère de la Guerre énonce le principe central de l'organisation qui semble bien être le seul qui structure fondamentalement la discipline de la cavalerie.

"Tous soldats, cavaliers et dragons seront tenus, sous peine de vie, d'obéir aux officiers des régiments et compagnies dont ils seront, en tout ce qui leur sera par eux ordonné pour le service de Sa Majesté, soit dans les armées, en route, dans les quartiers et dans les garnisons" (2).

Les ordonnances, en recherchant des modalités nouvelles d'organisation de la cavalerie essayaient de pallier la grandissante inadaptation des troupes sur le champ de bataille.

Au nom du Roi on répète alors le voeu d'une meilleure discipline faute de pouvoir instaurer une administration globale de la guerre. Dans l'ordonnance du 2 août 1732, portant création de plusieurs camps, il est dit : "comme les différentes méthodes, qui sont introduites dans les règlements sur les exercices, pourraient causer des inconvénients dans une armée où l'on ne peut observer d'uniformité, Sa Majesté désirerait que l'on pût parvenir à établir une règle stable et uniforme, tant pour l'infanterie que pour la cavalerie. Le commandant de chaque camp trouvera deux projets proposés pour les deux corps. Il examinera ce qui est utile et praticable et après avoir fait exécuter par les troupes les exercices qu'il aura approuvés, il adressera au secrètaire d'Etat à la guerre, un mémoire d'observation qui puisse conduire à 1'objet que Sa Majesté se propose".

Dans son rapport, le secrétaire d'Etat à la guerre, M. le comte de Belle Isle, après avoir témoigné sa satisfaction aux états majors et aux mestres de camp, ajoute : "Que la cavalerie manque d'instruction, que le mal est grand et a besoin d'une attention particulière et d'un prompt remède".

Si la confusion régnait dans les opinions à propos des principes, la plupart était d'accord pour reconnaitre qu'un des grands vices de l'état militaire était l'ignorance des officiers en ce qui regardait leur métier. La noblesse se jetait tête baissée dans la mêlée, ne reculait certes devant aucun obstacle en campagne, mais faisait le sacrifice de sa vie aussi 1égèrement qu'elle vivait en temps de paix. Elle croyait s'abaisser en descendant aux détails de service. Elle considérait l'instruction des recrues comme indigne de sa naissance et de son grade. L'ignorance des troupes provenait en partie de celle des officiers, aggravée par la halte prolongée pendant les quartiers d'hiver où il n'était pas toujours possible de mener l'instruction régulièrement.

Les changements fréquents qui survenaient dans la constitution des "corps", tant sur le nombre de compagnies que sur leurs effectifs, ainsi que les changements dans le commandement et dans les ordres, entretenait un flottement des méthodes.

En 1735, un projet d'instruction de M. de Mortagne critique la manière dont la cavalerie marche, et dont découlent tous les mouvements qu'elle a à exécuter. L'usage de faire marcher les rangs éloignés les uns des autres et de laisser de grands intervalles d'une compagnie à l'autre, produit, selon lui, de graves inconvénients.

Pendant longtemps, il y eut des hésitations sur le nombre de lignes à organiser pour la bataille. L'idée s'affirme que les cavaliers doivent se tenir serrés et sur deux rangs afin que le deuxième pousse le premier; lui donne de l'impulsion. D'ailleurs, on se demande pourquoi ne pourrait pas être généralisé à toute la cavalerie ce qui se fait si bien dans la cavalerie de la Maison du Roi et dans les compagnies de carabiniers qui se mettent ordinairement en bataille sur deux rangs. Bref, un débat trés sérieux opposait les tenants de l'ordre à deux rangs à ceux de l'ordre à trois rangs. L'ordonnance du 26 juin 1755 prescrit que la cavalerie serait exercée tantôt sur deux rangs, tantôt sur trois rangs, afin qu'elle sache combattre de ces deux manières.

Des vives réactions de la part des généraux les plus expérimentés prouvent que ce compromis n'était vraiment pas du goût des officiers supérieurs. Pour eux l'escadron le meilleur est celui qui se forme sur trois rangs de 48 maitres chacun, car c'est, de leur avis, le plus juste dans ses proportions et le plus susceptible de division et par conséquent le plus facile à former, à rompre et à manoeuvrer. Progressivement, on reconnait que le troisième rang est inutile et méme embarrassant. En effet, pour prendre une allure un peu plus vive que le trot, il fallait aux chevaux du deuxiéme rang un peu de place pour allonger et les cavaliers du troisième, par conséquent, devaient retenir les leurs. On constatait alors qu'il était impossible de charger au galop. Les opposants à la suppression ne voyaient pas l'utilité de charger au galop, puisque, pour eux, le troisième rang garantissait un choc suffisant. Une autre raison consistait à affirmer que la valeur équestre des cavaliers était insuffisante pour que l'on augmente l'allure et que l'on conservait à cette vitesse inférieure, une certaine mobilité. Donc, il était difficile de conserver l'uniformité si chére dans les principes. L'attention des inspecteurs généraux sur cette situation fut sollicitée. "L'ensemble" et "l'uniformité" étaient difficiles à conserver et on discutait à nouveau sur la bonne "formation" à faire. Les oppositions restaient fermes.

On retiendra de ces débats moins la valeur des arguments échangés que la constante indécision qu'ils révèlent et qui est une caractéristique de la cavalerie en cette période. Il faut attendre l'ordonnance du ler juin 1766 pour faire définitivement accepter la formation sur deux rangs.

Pour les historiens militaires du XIXe et du XXe siècle, cette période est l'exemple type illustrant l'incapacité à organiser "l'arme supréme"; beaucoup conservent l'idée que les guerres de l'Empire permirent sa réorganisation. Napoléon devient cette figure mythique qui, seule su disposer de la cavalerie comme il se doit. L"'âme" de la cavalerie, pendant tout le XIXe et jusqu'en septembre 1914, se retrempera aux souvenirs de l'épopée napoléonienne: la cavalerie est action ou n'est pas, voilà le principe. La fin du XVIIIe siècle est donc un contre-exemple que tous les historiens se complaisent à relever: la cavalerie n'agit pas et elle se perd dans les discussions de forme. Un anti-intellectualisme latent se complait alors à dénoncer les discussions et les commissions.

Nous ne pouvons certes échapper à cet état d'esprit partagé par beaucoup d'historiens militaires, mais il ne faut pas écarter l'oeuvre fondamentale de la seconde moitié du XVIIIe dans l'administration des armées, donc de la guerre. Dans l'ordonnance de 1766, le principe de l'ordre déployé est présent. Il est accompagné de celui de la vitesse. L'ordre déployé est le principe principal pour établir des manoeuvres, la vitesse d'exécution confirme la perfection de ce mouvement. Cela marque une rupture dans l'organisation des manoeuvres.Si l'on prend par exemple celles exécutées le 12 septembre 1754, on s'apercoit qu'elles n'avaient guère changé depuis Villars. On y fait quarante fois des "à droite" ou des "à gauche" par compagnie, puis par deux compagnies, en escadron, deux charges avec demi-tour au galop par compagnie. Si le retour s'apprend au galop, la charge, elle, se fait au trot et on s'y exerce en plaçant deux escadrons en face à face: celui dont l'exercice prévoit qu'il est battu fait demi-tour à droite, en file, et se retire au galop. Rien n'était plus funeste qu'un tel exercice qui enseignait en vérité la fuite: les enseignements de Villars avaient été oubliés. Tout comme seront oubliés, après la disgrâce de Choiseul en 1770, certains des principes nouveaux qu'il avait cherché à imposer.

2. Rossbach et Minden

C'est l'histoire de ces hésitations et contradictions successives que nous allons reprendre maintenant plus en détail en décrivant la cavalerie dans l'action.

Comment mieux représenter pratiquement la médiocre organisation de cavalerie du début du XVIIIe, sinon en racontant les déboires de cette arme dans la guerre de sept ans ? Deux batailles permettent cette présentation, celle de RossLach, le 5 novembre 1757, et celle de Minden, le ler août 1759. Voici comment le commissaire général de la cavalerie, M. de Castries, commandant de la cavalerie dans l'armée de Soubise, a relaté la bataille de Rossbach dans une lettre du 9 novembre 1757, soit quatre jours après la bataille. Les deux ailes droites des première et seconde lignes étaient formées par la cavalerie autrichienne et impériale: les régiments de Penthièvre, de Saluces, de Lameth, de Lusignan et d'Escars formaient la réserve et étaient en interligne dans le centre.

Les régiments de la Reine, de Bourbon-Busset, de Fitzjames, de Bourbon, de Beauvilliers et de Rougrave formaient la gauche de la première ligne. Ceux de Condé, de Bezons, de Saint Jal de Poly, de Grammont et de Montcalm qui devaient former l'aile gauche de la seconde ligne, avaient été détachés le matin sous les ordres de M de Saint Germain pour masquer le front du camp du Roi de Prusse pendant que l'armée le tournait par la droite. Mais Frédéric II prévint ce mouvement et déborda entièrement la droite des alliés.

Le prince de Soubise ordonna à dix escadrons de la réserve d'aller renforcer les deux ailes de cavalerie autrichienne qui y étaient. Avant la rencontre, les réserves n'eurent que le temps de se mettre en bataille. La cavalerie prussienne arriva sur eux en muraille avec une "vitesse incroyable". Pendant ce temps, la cavalerie autrichienne qui était restée en colonne, n'eut que le temps de mettre trois ou quatre escadrons en bataille. La charge a été vigoureuse de part et d'autre. "Ils n'ont cèdé qu'à la grande supériorité et n'ont été pliés qu'après avoir été enveloppés". L'infanterie en difficulté se battait, aidée par les régiments de la Reine et de Bourbon-Busset. Finalement, M. de St Germain contenait avec les régiments de Condé, Poly, de Grammont, de Saint Jal, de Bezons et de Montcalm, cette retraite en devenant l'arrière garde. M. de Castries justifie la défaite uniquement par la supériorité en nombre des Prussiens. La cavalerie a été honorable car sans elle, la cavalerie autrichienne et toute l'infanterie française auraient été enveloppées et perdues.

M. de Castries donne des chiffres pour illustrer la vivacité des combats. Globalement, 94 officiers de cavalerie ont été tués, perdus ou blessés dans la journée du 5 novembre 1757. Par ailleurs, le décompte des cavaliers tués ou pris, s'élève à 823, les cavaliers blessés à 272, les chevaux pris ou tués à 1 013 et les chevaux blessés à 185.

Dans un autre mémoire (3), le duc de Castries se plaint de la mauvaise qualité des armes des cavaliers français. Les lames se sont cassées et les sabres étaient trop courts si bien qu'il était difficile de toucher l'ennemi lorsque celui-ci le faisait. Mais la plus importante critique est faite à l'ordre de bataille. "Voici les inconvénients de l'ordre actuel, cinq ou six officiers plus ou moins sont à quelques distances les uns des autres, répartis sur le front de 48 hommes: leurs chevaux ne sont soutenus de droite ni de gauche, la charge se fait et ils reçoivent, à eux six, le choc d'un front d'escadron dont la forme vive et serrée, faisant une pression égale sur toute la superficie de nos escadrons, oblige nécessairement à tourner ces cinq à six chevaux qui y sont saillants et éparpillés. On peut juger, d'après cette première manoeuvre, s'il est possible aux cavaliers qui sont derrière, de percer et renverser la troupe qui leur est opposée. Cela est impossible, ils plient; les officiers qui ont chargé au premier rang en allant à l'ennemi se trouvent au dernier en se retirant; ils sont tous mis bas; l'escadron n'a personne devant pour l'arrêter: il ne se rallie plus faute d'officiers: il s'éparpille et il n'en est plus question, non seulement de toute la journée, mais une partie de ces officiers devant naturellement être pris dans la position où ils se trouvent dans la retraite et le régiment, quoique en bon état encore, ne peut plus servir de toute la campagne et peut-être de toute la guerre. On peut ajouter à cet inconvénient celui de ne pouvoir bien faire manoeuvrer des escadrons lorsque les fronts en sont masqués par cinq ou six personnes" (4).

Les raisons de cette critique étaient bien sûr liées au fait que de nombreux officiers étaient morts à cause de cette manière de se battre. Par exemple dans la brigade de Penthièvre des six commandants d'escadrons, un seul est revenu. La légende a attaché à cette bataille des souvenirs peu flatteurs, bien que la cavalerie s'y soit battue vigoureusement. Mais la bataille de Rossbach illustre pour tout le monde, le fait d'arme qui exposait au grand jour l'inadaptation de l'arme à sa tâche. Tout le monde, et particulièrement les vaincus, reconnurent la supériorité prussienne pour l'ordre et la façon de manoeuvrer.

La bataille de Minden, le ler août 1759, permet à nouveau de juger la tactique de la cavalerie française. Elle y fut lourde et montra encore son incapacité manoeuvrière. Une des raisons de cette incapacité était l'organisation défectueuse du commandement. La division en lignes et ailes était impropre à toute manoeuvre. Le défaut était aggravé par des généraux qui prenaient leur commandement temporairement au hasard des tours de service sans bien être fixés à une troupe particulière.

"Aujourd'hui, aucun n'a de division fixe à laquelle il veille ni s'intéresse, le moindre petit changement le faisant passer à tout moment d'un bout de la ligne à l'autre et même de la cavalerie à l'infanterie. Les troupes sont sans chef principal et ne rendent compte à personne, enfin il est ab-surde de voir souvent deux maréchaux de camps attachés à une brigade dont un brigadier doit être le commandant né" (5).

Le maréchal de Broglie avait pourtant quelque temps auparavant (avril 1759), émis un ordre général pour que chaque division soit composée définitivement à l'entrée de campagne pour toute sa durée. Un lieutenant général devait commander chaque division.

Une anecdote montre combien il était devenu évident pour les stratèges que la plus importante amélioration devait se faire dans la cavalerie elle-même: on raconte que le comte de St Germain étant à quelque distance de l'armée reçut la visite de l'aide de camp d'un jeune prince, fort appliqué, employé dans la même armée et cherchant à connaitre exactement la position de l'ennemi. "Je vais vous la faire voir", répondit le comte qui le conduisit sur une hauteur et braqua une lorgnette sur le quartier général. "Que voyez-vous ?", "Notre quartier général !" -"Eh bien, c'est là qu'est l'ennemi !"

M. le comte de Broglie avançait cette idée nouvelle qui fut timidement reprise à la fin de l'ancien régime. "Profitons de la paix, tâchons d'élever à la gloire de notre maître un monument durable, utile à sa prospérité, au bien de l'Etat, à l'honneur de la Nation et cessons de replâtrer les ruines sous lesquelles nous serions quelque jour écrasés. Ayons le courage d'abandonner nos vieilles erreurs, d'en raser jusqu'aux fondements. Elevons nos idées, que l'immensité du travail ne nous effraie pas, formons un plan général, le plus beau qu'ils se pourra, que nos plus habiles maîtres le fassent ; exécutons le peu à peu en travaillant beaucoup chaque jour, et nos généraux oseront remettre le sort des batailles entre les mains de la cavalerie qui seule doit les décider, surtout les rendre fructueuses" (6).

3. Les efforts de Choiseul

Les succès soutenus de la cavalerie prussienne, durant la guerre de sept ans, avaient rendu plus évident encore le manque d'instruction de la cavalerie française.

C'était un édifice entier à construire et à prendre à la base; aussi fallait-il un homme non moins habile que courageux, pour oser combattre avec succès les amours propres et les intérêts de cour froissés par la réforme; cet homme fut le duc de Choiseul. Ce ministre remarquable ne tarda pas à se convaincre que c'était la constitution de l'armée qu'il fallait refondre (7).

Choiseul (1719-1785) suit une brillante carrière d'officier: il fut lieutenant général en 1759, après avoir été ambassadeur à Vienne en 1756. C'est après l'affaire de Damiens que d'Argenson est disgracié et que Choiseul, devenu duc, est nommé secrètaire d'Etat des affaires étrangères en octobre 1758, puis secrètaire d'Etat à la Marine et à la Guerre de 1761 à 1766.

Après la guerre de sept ans, la confiance qui avait été placée dans les institutions militaires de Louis XV fut complètement ébranlée. L'opinion s'en prit à la cavalerie tout particulièrement. Celle-ci subit une réduction considérable et fut soumise pendant trente ans à une série d'essais et à un travail de réorganisation pénible qui devait aboutir à une forme nouvelle et satisfaisante. Par ordonnance du ler décembre 1761, 31 régiments de cavalerie disparurent et furent dispersés dans les régiments restants dont les compagnies virent leurs effectifs doubler. Tous les régiments de gentilshommes disparurent, sauf celui de Noailles, et prirent des titres de princes ou bien devinrent royaux avec des noms de province. Tout ceci fut rendu possible par la suppression de l'entretien de la compagnie par la capitaine propriétaire.

Les défauts de cette organisation s'étaient affirmés avec évidence et de très nombreuses voix s'étaient élevées contre la persistance d'un pareil système. "Le capitaine propriétaire au lieu de voir dans ses hommes des gens de guerre qu'il doit rendre tels, n'y voit que des palefreniers, faits pour avoir uniquement le plus grand soin des chevaux" (8). "L'intérêt des capitaines se trouve toujours en opposition avec l'intérêt du Roi ... La cavalerie est d'une profonde ignorance, parce que, par complaisance pour les capitaines, on ne l'exerce pas (...) on fait craindre aux plus braves gens de se trouver à une affaire où ils s'exposeraient gaiement à tous les dangers pour le service du Roi et leur gloire personnelle, mais la crainte de perdre vingt chevaux et d'être ruîné les arrête..." (9).

Choiseul comprit que c'était là que résidait le vice premier empêchant le développement de la compagnie. Dès lors, en retirant la propriété aux capitaines, il fallait redistribuer les tâches administratives. Le Major qui était investi d'un grade supérieur à celui de capitaine, aidé de l'aide-major, et de sousaide-major, d'un trésorier et d'un quartier maitre, prend en main la police, la discipline, la tenue, les exercices, l'entretien, les réparations, les fourrages, les recrues et chevaux sont fournis par le Roi. L'administration paye au corps la solde, les rations, le fourrage, fournit l'armement et l'habillement. Tout le monde s'y attendait, ces réformes furent très mal accueillies par les capitaines dépossédés et subordonnés aux majors.

Elles furent finalement admises car de surcroit on demanda aux capitaines de "savoir monter à cheval". C'est, à notre avis, ce fait qui déshonora totalement aux yeux des cavaliers toutes revendications des capitaines. Il fallait qu'ils aient une équitation parfaite et surtout qu'ils puissent l'enseigner: on demandait donc aux capitaines une capacité qu'ils avaient rarement. Ils devaient savoir monter à cheval, et en tirer les règles de conduite pour leurs subordonnés autant pour l'exercice et les manoeuvres que pour la guerre.

En conséquence de la grande réforme organique, l'instruction de la cavalerie était présentée comme vitale pour les troupes à cheval. Cinq écoles furent fondees à Metz, Besançon, Douai, Cambrai, La Flèche (remplacée par Angers). Les trente et un régiments de cavalerie durent y envoyer des détachements: 1 capitaine, 1 officier major, 2 lieutenants ou sous lieutenants, 16 maréchaux des logis, 16 cavaliers. C'est de cette époque que date l'influence prépondérante des écoles d'équitation que devaient avoir sur toute l'armée et la cavalerie.

Les carabiniers du comte de Provence (les carabiniers de Monsieur (10) étaient en garnison à Saumur depuis 1763. La qualité de l'enseignement équestre et son implication militaire dispensée dans ce régiment fut considérée comme supérieure à celui fait dans les écoles précitées. Choiseul rendit visite à cette garnison afin de se rendre compte sur place de cette notoriété. Dans une de ses inspections, le secrétaire d'Etat de la guerre reconnut que chacune des écoles avait une manière particulière d'enseigner, qu'il importait de ramener à 1'uniformité. Il fit venir à Paris, les meilleures élèves de chacune d'elles, afin qu'une commission, composée d'inspecteurs et de mestres de camp de cavalerie, décide sous sa présidence, celle dont les principes devaient être adoptés.

En 1767, l'école de La Flèche était transférée à Saumur. Jusqu'en 1788, l'enseignement équestre est confié aux officiers du corps des carabiniers.

La formation en bataille est sur deux rangs. La compagnie comprend 8 escouades, 4 subdivisions commandées chacune par un maréchal des logis et 2 divisions commandées, la première par le lieutenant et la deuxième par un sous-lieutenant. Deux compagnies forment un escadron dirigé par le plus ancien capitaine placé à deux pas devant le centre. Les deux lieutenants sont placés aux ailes du premier rang, les deux sous-lieutenants aux ailes du deuxième rang, le capitaine en second en serre-file. Le front se calcule à raison de 3 pieds (c'est-à-dire un grand pas) par homme monté, soit une douzaine de mètres par division: la profondeur des deux rangs est de 6 mètres environ. Ces dimensions sont celles qui seront conservées jusqu'en 1914. Les intervalles entre les escadrons sont de vingt quatre mètres, mais cet intervalle peut être réduit à zéro, ce qui s'appelle "marcher en muraille".

La charge se fait au galop, le sabre haut, les éperons aux flancs et debout sur les étriers. Cette instruction provisoire fut essayée au camp de Compiégne où quatre, puis six régiments de cavalerie et quatre de dragons furent réunis le 10 juillet 1765. Le ler juin 1766, une ordonnance définitive confirme en tous points l'instruction provisoire. Elle y ajouta deux prescriptions qu'il faut remarquer.

L'instruction provisoire du ler mai 1765 (11) avait prescrit la construction d'un manège couvert dans chaque régiment, où les officiers et cavaliers devaient être instruits de l'équitation par les officiers ayant été formés dans les écoles créées par Choiseul. Aucun officier ne peut être désormais reçu à son emploi sans avoir fait le service de cadet, puis de maréchal des logis. Le capitaine est rendu responsable de l'instruction de sa compagnie et est tenu de se faire obéir par ses lieutenants et sous-lieutenants.

Il fallait alors à tout prix constituer une doctrine unique pour l'instruction des corps.

Pour M. de Castries, "les vues de M. de Choiseul dans l'institution des écoles d'équitation" étaient "d'imposer un établissement de principes uniformes qui passant des écoles à la troupe, puissent conduire successivement une aile de cavalerie au point de manoeuvrer avec autant de précision et de vitesse qu'un escadron" (12).

Le stage préliminaire imposé aux candidats officiers fut précisé. Premièrement, il leur fallait passer deux mois comme simple cavalier, deux comme brigadier, deux comme maréchal des logis et subir un examen devant le chef de corps et les officiers supérieurs avant de pouvoir exercer les fonctions de sous-lieutenant.

Deuxièmement, il fut prescrit de façon ferme, d'exercer le régiment à cheval deux fois par semaine pendant les mois de juin, juillet, août et septembre, et une fois par semaine en mai et octobre, le reste du temps, les recrues devaient monter à cheval deux fois par semaine au manège.

En 1770, Choiseul tombe en disgrâce car il veut reprendre la guerre avec les Anglais: il n'a pas beaucoup apprécié le Traité de Paris qui termine la guerre maritime et coloniale.

En 1770, M. de Castries constatait qu'après avoir fait manoeuvrer les régiments de Strasbourg et de Metz, il avait "trouvé autant de différence dans les commandements, les alignements et les autres principes qu'il pourrait y en avoir entre un régiment anglais, français ou allemand" (13). M. de Castries constatait que : "sans équitation on n'a pas de cavalerie, avec trop d'équitation on n'en a pas davantage". Ce qui lui fait dire dans son rapport de décembre 1770 que " dans le nombre de personnes qui ont été chargées par le ministre de l'exécution de ses vues, il y en a qui s'en sont éloignées, les unes par système, les autres par ignorance; mais la plus grande partie parce qu'elles ont interprété différemment et mal saisi l'esprit des ordonnances " (14).

M. de Castries continue en exposant clairement sa politique de compromis : "La théorie de l'exécution des manoeuvres, ainsi que toutes les parties de l'instruction des officiers et cavaliers de régiment, ayant été portées au point de ne plus rien acquérir à ces différents égards, on dirigera dorénavant son travail de manière à le rendre applicable à tous ces objets du service militaire, et l'on abandonnera toutes les formes établies dans les écoles pour n'adopter que celles qui tendent à ce but principal. Il serait difficile de donner des instructions particulières sur toutes les circonstances qui peuvent se présenter au cours d'une campagne. Aussi, on se bornera à donner aux officiers des règles générales sur les circonstances qui se répètent le plus souvent et dans lesquelles, cependant toutes les combinaisons particulières doivent naturellement se rencontrer".

Il faut donc énoncer les principes, mais aussi délimiter un cadre, un modèle à l'intérieur duquel on laisse agir "l'encadré", "l'enveloppé", "l'équestré". M. de Castries rappelle toutefois que le principe premier est de trouver les règles de l'uniformité, donc l'établissement d'un langage unique pour le commandement.

On lit en marge de la minute de ses observations "pour rendre parfaite cette ordonnance, qui est la plus militaire de toutes celles qui ont été rendues depuis longtemps, il conviendra d'y ajouter une instruction pour simplifier les commandements, même expliquer quelques articles et fixer les alignements dans les rapports qu'un régiment doit avoir dans une ligne".

Mais de nouvelles ordonnances allaient bouleverser cette évolution pertinente de la politique de Choiseul que de Castries soutenait.

"Il est nécessaire d'intéresser les capitaines" disait Monteynard, le nouveau ministre de la guerre. Il ajoutait que l'ordonnance avait réduit de moitié les compagnies existantes et ainsi privé "la noblesse française d'un nombre de places qu'elle a touiours désiré obtenir...". Bref, c'est un retour total à la situation d'avant la guerre de sept ans. Les 30 régiments à 8 compagnies de 54 hommes vont former chacun douze compagnies de 36 hommes et réparties en 3 escadrons seulement. Il y aura donc 4 compagnies par escadron.

Le Marquis de Poyanne commandant en second du régiment du Comte de Provence disait dans un mémoire que l'effet de cette fâcheuse réforme était de réunir "beaucoup d'inconvénients sans être balancés par aucun avantage. Le Roi a moins d'hommes, moins de chevaux effectifs, une diminution de 47 escadrons sur le tableau militaire". La "manoeuvre militaire" allait se trouver remise en question, car on ne savait plus où disposer les capitaines; on les plaça un de chaque côté du quadrilatère que l'escadron représentait vu en plan. Les écoles de cavalerie étaient supprimées et remplacées par des ëcoles spéciales à chaque régiment avec des travaux allégés.

Par ailleurs, les capitaines avaient la faculté de faire eux-mêmes des remontes ce qui leur assurait 400 livres par cheval fourni.

Les auteurs d'ouvrages de tactique publièrent alors leur avis critiquant le désastreux retour. La nomination au secrétariat d'Etat à la guerre de l'arrière petit-neveu de Richelieu, le duc d'Aiguillon (1720-1788) n'arrangea rien. Un comité d'inspecteurs de cavalerie fut institué le 7 mars 1774 sous la présidence du prince de Soubise, l'ancien vaincu de Rossbach.

Les inspecteurs demandèrent le retour au système de Choiseul, et la suppression des nominations arbitraires pour faire accéder aux postes selon l'ancienneté. Mais un nouveau ministre, du Muy, se refuse à tout changement dans la composition de la cavalerie (10 mars 1775).

Dans une lettre au Maréchal de Ségur (1724-1801), secrétaire d'Etat à la guerre (1780-1787), datée du 23 juin 1785, M. le marquis d'Antichamp lui déclare que "c'est après vingt deux ans de peine, Monseigneur, qu'il règne dans nos idées et dans nos méthodes une incertitude qui doit donner les plus grandes inquiétudes sur les événements que présenterait une guerre".

Une ordonnance parue le 20 mai 1788 montre qu'à l'aube du changement de régime, les discussions étaient toujours aussi tatillonnes. On était revenu à la séparation de l'escadron en deux compagnies, la place des officiers définie par le règlement précédent avait été reprise, c'est-à-dire que le plus ancien des deux capitaines était être devant le centre de l'escadron et le second en serre-file, tous deux abandonnant la compagnie. Un chef d'escadron fut nommé et on décida qu'il prendrait la place devant le centre de l'escadron, les deux capitaines devant leur compagnie avec le lieutenant et les sous-lieutenants en serre-file. La place du colonel fixée d'abord à 12 pas devant le centre du régiment le fut ensuite à 8 seulement. La charge se fait au galop le plus allongé après 50 mètres de pas et 150 de galop normal.

Finalement, les préséances et les mesquineries sur la place et les alluresétaient peu propres à développer le goût et l'habitude de la manoeuvre rapide au moment du combat malgré de nouveaux procédés d'évolution (oblique individuelle, oblique par troupe, mouvement guerre, diagonaux, marches de flanc).

Voilà donc pour l'uniformité que les autorités furent incapables d'imposer sauf l'ébauche d'un nouveau système que fit Choiseul après la guerre de sept ans. Il est vrai qu'il avait en quelque sorte carte blanche après cette guerre. La noblesse préféra se taire quelque temps sur ces prétentions organisatrices. En effet, la cacophonie équestre générale avait prouvé avant et après Choiseul l'incapacité de celle-ci à se fixer des objectifs politiques et militaires clairs et efficaces.

4. L'ordonnance de 1777

Le comte de St Germain esquissa la réorganisation de la cavalerie lors de son passage au Ministère de la guerre (octobre 1775-mai 1777) où Turgot l'avait fait nommer. Après avoir combattu dans la guerre de sept ans, il se sentait un peu à l'étroit sous les ordres du duc de Broglie. Il avait accepté les propositions du Roi du Danemark qui lui demandait de prendre la direction du ministère de la guerre. Ce fut à cette occasion qu'il mit à l'essai les idées qu'il allait rapporter plus tard en France.

Les réformes portaient sur les points suivants :

  • création d'un conseil de guerre, espèce de conseil supérieur qui avait pour but de maintenir la stabilité dans les règlements et qui devait s'assurer de leur exécution.
  • le respect de la religion et de son culte, afin " de ne pas souffrir les moeurs publiquement dépravées et corrompues ". "Toute troupe sans religion et sans moeurs ne sera jamais bonne".
  • avancement des officiers donné surtout au mérite, " les choisir parmi les plus intelligents et les plus capables, les plus distingués et les plus connus par leur conduite ".
  • détruire la vénalité des emplois militaires.
  • donner aux officiers une solde suffisante pour vivre, mais ils doivent s'en contenter. "L'homme militaire doit être sobre, se durcir au travail et à la peine et s'accoutumer à toutes sortes de privations"
  • donner aux officiers une retraite proportionnelle à leurs services.
  • garantir la possession de l'emploi qui ne peut être enlevé que par un conseil de guerre.
  • affirmer la subordination et la discipline, mais elles doivent être paternelles . "Un supérieur est un père de famille dont l'autorité doit être également majestueuse, ferme, douce et polie, et qui par le tendre intérêt qu'il prend à ses enfants qui sont ses inférieurs, doit se concilier leur respect, leur obéissance et leur affection. Les inférieurs par reconnaissance de ces sentiments et par attachement doivent craindre de déplaire et de désobéir".
  • les corps militaires doivent se suffire à eux-mêmes et acheter directement ce qui leur est nécessaire, sans intermédiaire.
  • les titres doivent être ceux des grades effectifs, il ne doit pas y avoir de titres sans la fonction.
  • n'avoir en vue dans toute l'administration de la guerre que l'utilité et 1'économie; retrancher tout ce qui n'est pas d'une nécessité absolue.

L'ensemble de ces dispositions résume l'oeuvre règlementaire de St Germain, retenue sous le nom d'ordonnance de 1777.

En plus de ces principes, une instruction sur Ies manoeuvres se terminait ainsi: "Telles sont les manoeuvres auxquelles veut Sa Majesté que les troupes à cheval soient exercées: mais elle défend en même temps que toutes les fois qu'un régiment s'exercera en entier, on s'occupe d'aucun objet de détail, le point essentiel étant d'apprendre à se former promptement à la bataille, à bien marcher en ligne et en colonne, à exécuter souvent le simulacre de la charge comme l'objet le plus important et pour lequel on doit acquérir la plus grande impression et enfin à se rallier très promptement dans le besoin".

Voilà donc comment est établie la cavalerie par Saint Germain en 1777 au grand dam des courtisans. On n'admettait point les réformes si dépouillées de toutes traditions. Saint Germain préface ainsi l'organisation moderne. Ses principes furent combattus et il fallut rien moins que les guerres de la Révolution et de l'Empire pour leur rendre leur notoriété.

Voyons maintenant à côté des politiques d'uniformisation comment l'on essaya d'ériger une hiérarchie militaire.

5. Les problèmes hiérarchiques

Nous avons vu combien il était difficile de mettre en place une organisation de la cavalerie. On imagine combien d'officiers ont pu être lésés dans leur carrière et leur amour-propre par cette longue série de transformations de l'arme. Si l'on avait cru supprimer la vénalité des charges sous le ministère de Saint Germain, la réalité était tout autre: le jeune noble pauvre ne pouvait prétendre au grade de capitaine. La noblesse, jalouse de ses privilèges, irritée par l'infiltration des membres du Tiers-Etat dans ses rangs, fait rendre le 22 mai 1781, une ordonnance prescrivant que nul ne pourrait être nommé sous-lieutenant ou élève d'une école militaire sans faire preuve de quatre quartiers de noblesse de père devant le généalogiste du Roi. Malgré cela, l'influence croissante de la riche bourgeoisie continue à ouvrir à ses fils les portes des écoles militaires et le grade de sous-lieutenant. La haute noblesse de naissance et de fortune arrive seule au commandement des régiments et au grade d'officier général. Ainsi on voit une prolifération d'officiers généraux pour maintenir au service cette haute noblesse. En 1787, il y a 1 132 officiers généraux (rapport Guibert le 28 octobre 1787 au conseil de guerre) (15) ce qui correspondait à un ensemble plus nombreux qu'il y en a dans toutes les armées d'Europe réunies. De là le manque de considération pour ces grades élevés et le dégoût que pouvaient en avoir les grades inférieurs qui cependant avaient la prétention d'y parvenir.

Le Conseil de guerre entreprit en vain d'établir une règle dans les promotions faites jusqu'alors sans ordre et sans limites. Aprés avoir proclamé hautement la nécessité d'empêcher la fluctuation continuelle des principes, d'opposer une digue aux demandes de faveur, de s'occuper d'abord de la réforme des emplois inutiles et des doubles emplois en tous genres, des règles à établir pour les promotions et les nominations aux emplois, il se vit forcé de fléchir sous l'inconcevable et dangereuse puissance que conservait la haute noblesse.

L'ordonnance du 17 mars 1788 sur la hiérarchie réalisé par des hommes d'expérience mais ayant sacrifié aux préjugés de caste, avait gardé à la noblesse tous les emplois d'officiers au-dessus du grade de lieutenant. Les distinctions entre la noblesse pauvre et la noblesse riche n'étaient pas supprimées, et la haute noblesse recevait les plus hautes charges militaires. Par les emplois de remplacement maintenus en sa faveur (le grade de major en second créé pour elle seule), elle pouvait arriver en neuf ans de service au grade de colonel. Les nobles sans fortune ne pouvaient parvenir au grade de major avant vingt ans de service, et leur avancement, à de rares exceptions près, devait être limité au grade de lieutenant-colonel. L'ordonnance de 1788 confirmait la nécessité de présenter les preuves de noblesse pour devenir officier. Les rédacteurs de l'ordonnance disaient avoir assez fait pour le tiers-état en permettant aux officiers fortunés d'obtenir, après une action d'éclat, le grade de capitaine en second et en réservant dans chaque régiment aux bas-officiers quelques places de sous-lieutenants.

A la veille de la révolution, un abîme reste donc très profond entre le bas-officier et l'officier. L'abîme qui sépare ce dernier du soldat est encore plus énorme. Depuis que les capitaines ne sont plus propriétaires, ils ont cessé encore plus qu'auparavant de s'occuper de leurs cavaliers. Rien n'attache le soldat à cet officier qui n'a de rapports avec lui que pour le commander ou le punir. Deux mémoires, un de 1781 et l'autre de 1790 disent la méme chose : "Nos officiers, nos cavaliers craignent leurs chevaux, les mènent mal" (16). Un des plus grands inconvénients de la cavalerie vient de la manière dont les officiers des différents régiments montent à cheval. La majeure partie est à cheval de facon à être embarassée de leurs chevaux (...) qu'il est impossible qu'ils commandent et soient occupés de leur besogne parce qu'ils le sont de leurs chevaux au point que cela fixe toute leur attention..." (17).

Il faut observer que les efforts de mise en place d'une hiérarchie conséquente se font en méme temps que les efforts d'instauration d'une plus grande uniformité. Dans ces deux actions, l'équitation est mise en avant par l'administration centrale comme une technique disciplinaire pour unifier la troupe et hiérarchiser le commandement.

II - EQUITATION ET COMMANDEMENT

Pour constater un changement dans le fonctionnement général de la cavalerie, i1 faudra attendre les réformes de Belle-Isle et de Choiseul pour voir le signe d'une véritable transformation dans l'esprit des bureaux de la guerre. Belle-Isle est en 1758, le premier militaire nommé secrètaire d'Etat à la guerre.

Dans la cavalerie française on introduisait selon les moments et les humeurs, des variétés infinies dans les modes d'instruction. Chaque corps se faisait une réputation en adoptant un système d'exercice complétement opposé à celui suivi par le voisin. Le malaise ruinait la cavalerie qui s'étiolait.

On disait qu'un officier de cavalerie ne pouvait être bon manoeuvrier s'il ne possédait pas l'équitation, c'était devenu un postulat. L'art équestre devint alors le seul moyen de parler à tous, puisque tous montaient à cheval. Très vite en ce milieu de siècle indécis, on pensa que l'art de l'équitation mènerait à la science générale des manoeuvres et qu'il en serait la base.

1.Homme de cheval, homme de guerre (Saunier et d'Autheville)

Deux auteurs illustrent l'évolution des mentalités sur le lien entre l'homme de cheval et l'homme de guerre : Saunier et d'Autheville.

La très longue citation qui suit, de G. Saunier, répond à toutes les questions que l'on peut se poser à propos de la liaison délicate entre le "savoir monter à cheval", la capacité au commandement de la troupe, et l'aptitude au commandement en général: "Que l'on juge donc de la perte que fait un officier à la tête d'une troupe, lorsqu'il ne peut pas bien conduire son cheval. Outre la vie qu'il risque, il expose aussi au même danger toute sa troupe par plusieurs raisons que je donne ci-après. Cet officier, par exemple, a reçu le jour de l'action des ordres d'un officier au-dessus de lui, cet officier qui les avait donnés, après les avoir reçus d'un autre officier au-dessus de lui, ce qui lui venait de main en main du Général en Chef, et celà pour faire les mouvements nécessaires suivant les occasions et les occurences du gain ou de la perte de la bataille. Or, comme tous les soldats et les cavaliers ignorent ces ordres, ce ne sont donc que les officiers qui les savent; et si par hasard cet officier vient à être tué, faute d'avoir su gouverner son cheval, voilà une troupe dans l'embarras et qui fort souvent tombe entre les mains de son Ennemi.

Outre ce malheur, si l'officier n'est pas Bonhomme de cheval, comment pourra-t-il enseigner à ses cavaliers la manière de conduire leurs chevaux ? D'un autre côté, si ceux-ci ne le savent pas mieux que leur officier,comment pourront-ils parer les coups, tandis qu'ils seront occupés de leurs deux mains à conduire leur cheval ? De quelle main pourront-ils combattre leurs ennemis et se défendre ?

Il me semble ici entendre parler un officier d'infanterie, qui me dit: qu'ai-je besoin de savoir bien monter à cheval, je ne suis pas dans la cavalerie, car je sers dans l'infanterie! Cet homme me fait, en vérité, pitié. Il faut qu'il ait l'esprit et l'ambition bien bornés; car tout officier qui n'ambitionne point de parvenir par son mérite jusqu'à tâcher même de devenir Général, je dis qu'il ne mérite point de servir dans les Troupes. Il en est de même de tout homme qui n'aime point les chevaux, car il ne sera jamais Bonhomme de cheval. Quand même un officier ne parviendrait qu'au grade de Major, il faut que son commandement soit, un jour d'action, donné au cheval pour faire promptement tous les mouvements et les évolutions nécessaires du Régiment. Or s'il ne sait pas bien mener son cheval, qu'il se trouve échauffé du bruit et du feu tant de la Mousquetterie que du canon, il se voit hors d'état de pouvoir bien commander le Régiment dans tous les mouvements à faire. Souvent même le Régiment se trouve perdu par une faute de cette nature, étant hors d'état de soutenir le choc de son ennemi.

Il y a plus, si cet officier devient Général, et qu'il doive commander l'Infanterie, s'il ne fait pas bien conduire son cheval, il ne pourra pas aussi commander comme il devrait faire. Cet officier répondra sans doute: Eh bien ! j'achèterai des chevaux tout dressés, lesquels seront accoutumés au bruit et au feu. Mais je lui réponds que s'il ne sait pas donner les aides à son cheval, ainsi qu'il a été dressé, le cheval fera souvent le contraire de ce qu'il voudra lui faire faire.

Un autre dira: J'aurai un écuyer qui dressera mes chevaux comme je les veux avoir; alors si l'écuyer est bon et qu'il les dresse selon les règles, cet officier ne pourra plus s'en servir. Je suppose même qu'on en ait dressé un dont un Général peu expert dans l'art de monter à cheval, peut s'être servi dans une occasion, ce cheval ne peut-il pas venir à mourir ou être tué ? Ce Général se trouvera donc à pied, et par ce moyen hors d'état de commander !" (18).

Progressivement l'équitation n'est pas seulement le moyen de former un homme de guerre mais devient aussi le moyen pour ce dernier de discipliner sa troupe.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, 1'équitation n'est plus considérée comme l'apanage exclusif de tout homme de naissance. On voulut faire alors selon le principe énoncé par Frédéric II lui-même. Il entendait que chaque homme fut un écuyer et pour cela il prescrivit que ses escadrons fussent dressés homme par homme, cheval par cheval et cela pour ainsi dire pendant toute l'année.

Le comte de Brezé, officier de cavalerie au service de la Sardaigne, écrivit en 1772 un ouvrage dans lequel il reprend les préceptes du Roi prussien."Les colonels doivent encore donner toute leur attention à bien connaître les écuyers les plus habiles, ceux qui s'appliquèrent le plus, et ceux qui forment un plus grand nombre de bons écoliers, afin de leur procurer de l'avancement. Je me trompe très fort, si de telles dispositions ne font pas des régiments invincibles" (19).

La littérature concernant l'équitation et sa valeur pour "tremper" l'homme de guerre abonde en ce sens.

Un ingénieur militaire, lieutenant colonel d'un régiment de grenadiers royaux, écrit un volume édité en 1756 où il traite de la cavalerie. Charles Louis d'Autheville des Amourettes (1716-1762) pensait que "l'exercice du cheval est le plus noble de tous et celui qui convient le mieux à un homme de qualité, et quiconque ne sait pas manier un cheval ne peut jamais être un bon officier de cavalerie; c'est pourquoi on doit s'attacher à cet objet si essentiel que souvent l'honneur et la vie en dépendent, les plus grands capitaines ont toujours excellé dans l'art de l'équitation" (20).

D'Autheville avait compris que les querelles du moment n'avaient aucun fondement réel et cachaient le véritable enjeu. "Ce qui s'appelle bien marcher pour la cavalerie, c'est lorsque les hommes et les chevaux qui forment un escadron agissent tous d'un même mouvement, comme s'ils ne faisaient qu'un seul et même corps. Les experts en fait de cavalerie jugent en voyant marcher deux escadrons, l'un contre l'autre, lequel des deux sera battu: malgré l'égalité qu'il peut y avoir entre eux pour le nombre et pour la valeur, voici sur quoi ils se fondent, et c'est une règle presque infaillible: l'impétuosité du choc, l'un rompt l'autre qui a moins de force, et cela parce qu'il marche mollement, qu'il est ouvert, désuni ou bien encore parce qu'étant sur un front trop étendu, il flotte, il fait la scie, le premier n'est plus fort que parce que l'union étroite de ses parties bien proportionnées en forme un corps solide, et que la vitesse, qu'il acquiert en conservant dans sa carrière toute la fermeté redouble encore la pesanteur de sa masse. Sa marche est sûre, elle est fière, elle en impose souvent à tel point que son ennemi prévient sa charge en fuyant devant lui" (21).

D'Autheville conclut: "Pour qu'un corps de cavalerie puisse marcher comme il le doit, il est absolument nécessaire que toutes les parties qui le composent, officiers, cavaliers et chevaux y aient été dressés séparément avec le plus grand soin. Puisqu'il ne faut qu'un seul défaut pour désordonner l'escadron le mieux formé, on a peine à comprendre comment on y fait entrer des cavaliers de recrues et des chevaux neufs avant de les y avoir préparés longtemps auparavant, et il est encore plus étonnant que des jeunes gens, qui n'ont pas deux ans d'Académie, osent se proposer pour entrer dans la cavalerie en qualité d'officier (22).

Donc, et c'est l'opinion générale, "le choix des officiers qui doivent être placés dans la cavalerie est sans doute une des choses les plus importantes et à laquelle un Général en chef doit apporter la plus scrupuleuse attention...". Et par conséquent "nul jeune homme, fut-il même le fils d'un prince ne doit être admis dans la cavalerie s'il n'a auparavant appris à monter à cheval, première et indispensable qualité de tout gentilhomme qui se voue au service dans la cavalerie.

Il ne faut pas dire qu'il apprendra et qu'avec le temps il se formera, non il doit pour être accepté, être déjà tout à fait et déjà dans le cas d'enseigner à monter à cheval aux cavaliers à la tête desquels il doit être placé" (23).

2. Equitation et discipline de la troupe à cheval (Lubersac et d'Auvergne)

Au début, les écuyers qui se tournent vers la cavalerie ne sont pas des militaires. Ce sont avant tout des experts en dressage du cheval et accessoirement des enseignants (voir en annexe la présentation de quelques uns des théoriciens de l'équitation militaire). Ils apparaissent comme un ensemble de personnes capables de refonder la cavalerie par l'équitation.

L'art équestre devient ainsi un ensemble de préceptes utilisés pour créer une discipline commune aux officiers et à la troupe. Ce lent processus se fonde dans les débats du dressage et de l'élevage du cheval qui est toujours reconnu comme l'animal illustrant la noblesse donc ceux qui sont sensés commander dans la guerre.

Francois-Louis de Lubersac (1713-1767) est page à la Grande Ecurie de Versailles de 1731 à 1735. Il est l'élève de François de Salvert écuyer ordinaire du premier manège à Versailles en 1722. En 1736 Lubersac devint écuyer cavalcadour, c'est-à-dire chargé de dresser les jeunes chevaux du Roi, puis écuyer ordinaire en 1740. Il enseigne de 1744 à 1765 à l'école des chevau-légers de la maison du Roi. Le comte de Lubersac eut de nombreux élèves qui reprirent son enseignement dans diverses institutions militaires qui allaient se créer au milieu du XVIIIe siècle. Lubersac est l'initiateur d'une véritable " école de pensée " dont l'histoire précise reste à composer et à écrire. Ses motivations se trouvent notamment dans sa volonté de refonder des éleveurs cavaliers, et à redonner un sens à la noblesse. Lubersac et ses idées sont mal connues, et il est possible dans un premier temps de suivre ses élèves pour approcher ses volontés et ses actions.

Jacques d'Auvergne (1729-1789) est l'élève le plus prestigieux de Lubersac. Pendant très longtemps on a dit qu'il n'avait rien écrit, car, Mennessier de la Lance, le grand bibliographe et biographe équestre, n'a rien signalé à son sujet, comme à propos de son maître d'ailleurs.

D'Auvergne est nommé à vingt-sept ans à la tête de l'enseignement équestre de l'école militaire de Paris jusqu'à la fermeture de l'école en 1788. Il est capitaine en 1762, lieutenant colonel en 1773. Messieurs de Vivefoy et de Bongars l'assistèrent jusqu'en 1784 et de 1784 à 1788, ce fut le tour du chevalier du Tertre. Il faut noter parmi ses élèves cadets gentilshommes, un dénommé Napoléon Buonaparte, entré à l'Ecole le 22 octobre 1784 et qui en sortit lieutenant d'artillerie le 28 octobre 1785.Tous ses anciens élèves officiers n'abandonnèrent pas la particule comme Davout qui jusqu'en 1815 se battit au côté de Napoléon contre d'autres cadets.

L'historien de l'art militaire qu'est H.Choppin édite en 1902 les pièces manuscrites de d'Auvergne qui étaient oubliées au Ministère de la guerre (24).

Deux textes de d'Auvergne nous permettent d'analyser en profondeur la conception du commandement qu'il enseignait à l'occasion de ses cours d'équitation à l'école militaire. Cette leçon se présente par une recherche des principes. "Nous avons sur l'art de l'équitation beaucoup de livres et pas un qui renferme des principes, de là vient la grande diversité des opinions, chacun ayant la sienne sur une longue routine dont l'amour propre ne nous permet pas de nous départir".

Il continue en faisant l'inventaire des théoriciens du XVIIe siècle.

"Le célèbre M. de Newcastle nous a laissé un livre où il y a des choses excellentes, quant au travail des chevaux, à la patience et à la sagesse qu'il faut avoir pour ménager un animal aussi utile à l'homme. Mais pas un mot des principes qu'il employait pour parvenir à son but; M. de la Broue, célèbre par les éloges que lui a prodigués M. de Newcastle, lui a été bien inférieur. Pluvinel est obscur, diffus, bien inférieur aussi au grand Newcastle. Les autres auteurs anciens ne méritent pas la peine d'être cités, n'ayant dans leurs livres ni conduites, ni principes, ni sagesse dans leurs moyens. M. de la Guérinière, auteur moderne nous a laissé un ouvrage qui doit être estimé de tous les gens de l'art. Son livre renferme d'excellents moyens pour dresser le cheval, mais il ne nous apprend pas les principes qu'il employait pour parvenir à former un homme de cheval, ce qui le met dans le cas des auteurs qui l'ont précédé" (25).

Dans cette citation de d'Auvergne, il apparaît à l'évidence que l'équitation ne l'intéresse qu'à un second niveau. Pour d'Auvergne, les théoriciens équestres du XVIIIe ont bien sûr parlé du cheval, et même très bien, mais n'ont pu dégager clairement les principes pour former l'homme.

Pourquoi donc d'Auvergne voulait-il trouver des principes? D'une part parce qu'on lui demandait de les dire dans une institution faite pour les enseigner, et d'autre part parce que l'équitation du XVIIe malgré ses qualités et sa simplicité, n'énonçait pas clairement les principes que la cavalerie réclamait pour se structurer dans son ensemble et dans chacune de ses parties. En effet, l'homme apparaissait dorénavant comme la nouvelle base de la réorganisation de l'institution cavalière.

Voilà comment il juge les auteurs de l'équitation "dite classique". "Tout ce qui résulte de ces différents auteurs, c'est qu'ils se sont entièrement attachés à nous donner tous les moyens de corriger toutes les fautes que peut faire un cheval, sans avoir fait attention aux causes qui peuvent les faire naître. Il est démontré que presque toutes celles qu'il fait, prennent leur source dans 1'inexpérience et le défaut de capacité du cavalier. Car si l'animal pouvait nous faire entendre par quelque signe que nous le chargeons inégalement, que nous nous opposons par cette mauvaise position au transport de telle de ses parties qui sont attirées par d'autres, ce qui les met dans l'indispensable nécessité de se défendre pour soulager et tirer de la contrainte de la partie retenue, nous serions bien surpris de voir que la raison, notre vivacité, notre humeur, la supériorité de notre intelligence, nous font rejeter sur lui même les fautes que nous lui faisons faire et nous empêchent de réfléchir aux moyens qu'il y avait à prendre pour les prévenir. Tous ces inconvénients, dans lesquels les auteurs ne sont point entrés, feraient la matière d'une infinité de raisonnements qu'un mémoire aussi abrégé ne nous permet pas de traiter. Nous dirons seulement que l'homme de cheval doit être persuadé de la vérité de ce principe que toutes les fautes que fait l'animal sont causées:

a) par celles que le cavalier fait en ne formant pas un tout avec lui, ce qui le contrarie dans ses mouvements,

b) par la faiblesse de l'animal qui ne peut lui permettre d'exécuter tel ou tel mouvement,

c) par le défaut de connaissance dans l'animal, qu'il ne peut acquérir que dans les leçons, le temps et les forces dont la nature l'a pourvu.

Ces trois points dépendent absolument de la science de l'homme de cheval" (26).

D'Auvergne,en essayant de dégager les principes de l'art équestre utile pour le cavalier de la troupe, définit en fait les principes du commandement de la troupe.

L'animal représente ce corps qu'est la cavalerie et le cavalier représente quant à lui le commandement : "dans le premier cas, si la position contrarie les mouvements de l'animal et qu'elle ne s'y prête pas, c'est la faute du cavalier. Dans le second cas, si la faiblesse de l'animal ne permet pas au cavalier de lui demander tel ou tel mouvement, c'est une faute du cavalier de les lui demander. Dans le troisième cas, si l'animal n'a point été stylé à faire tel ou tel mouvement, le cavalier fait une faute de les 1ui demander. Il faut de 1'art, du temps et de la patience pour l'amener à la connaissance des choses qu'on peut exiger de lui''.

Il ajoute: "cette aisance et cet accord que nous recommandons de donner à l'homme et au cheval, ne contribueront pas moins à la conservation de l'homme, objet le plus important pour l'humanité. Qu'on réfléchisse un moment sur les positions tendues, une tension dans toutes les parties du corps de l'homme pour le grandir. Le peu d'union qui doit résulter de deux corps, qui se choquent à chaque instant, fatigue nécessairement l'homme et détruit sa marche. Des jeunes gens forts vigoureux tiendront dans cette position pendant quelques années. Mais qu'en résultera-t-il ? Que ces hommes seront énervés au bout de quelque temps (...)".

D'Auvergne est écuyer à l'école militaire, mais a été formé aux chevaux légers, où le recrutement se faisait à l'image de l'école des pages, c'est-à-dire que les hommes devaient étre "grands et bien faits".D'Auvergne dit que les principes équestres de cette école concernaient uniquement ce gabarit d'homme. "D'ailleurs, on peut encore observer que les principes, dont on s'est servi jusqu'à présent, n'ont pu former que des jeunes gens grands, bien faits, ayant ce qu'on appelle des dispositions, au lieu que par le moyen des principes indiqués par la nature, tous les hommes, de tout age, de toute sorte de conformation, peuvent acquérir le degré nécessaire pour former un cavalier".

L'ambivalence est permanente dans le discours équestre du XVIIIe siècle comme nous l'avons déjà signalé. L'équitation est un art de diriger mais doit être en méme temps un guide de recette pour le simple cavalier.

"L'homme uni avec son cheval ne recevra point de ces contre-coups (surtout au trot) qui lui font faire des efforts ou le fatiguent à un point qu'il prend du dégoût pour l'équitation et que, quand il en est dans le cas, il ne veut plus se rengager, ce qui produit un mal au service du Roi, qui perd un cavalier qui commençait à étre bien formé et en état d'en former d'autres". Pour ces derniers, l'équitation de d'Auvergne prescrira la position naturelle, qui ne tend pas les hommes... Le discours de d'Auvergne vers la position naturelle est celui qui s'imposera au fil des temps à 1'équitation tout entière.

On a trop tendance aujourd'hui à relire ces théories en extrayant des discours équestres leur message sur le commandement. Tous les ouvrages modernes ont complètement négligé cet aspect entremêlé dans les théories équestres. Ils n'énoncent que des banalités illustrant bien que dès le XIXe siècle, le discours du pouvoir s'est détaché du modèle équestre pour emprunter d'autres voies, ce qui ne veut pas dire que la tradition n'ait point eu d'influence durable, D'Auvergne est à la croisée des chemins. C'est lui, et son contemporain Dupaty de Clam (1744-1782) qui énoncèrent les principes le plus clairement.

L'assiette est ce centre à partir duquel l'équilibre se fait. A ce sujet, d'Auvergne parle de centre de gravité, empruntant ainsi une démonstration purement mécanique. "Le centre de gravité de l'homme est dans une ligne verticale qui prend du sommet de la tête et se termine à l'os pubis. Le centre de gravité du cheval est de même dans une ligne verticale qui prend du milieu du dos de l'animal et se termine à la pointe du sternum. L'homme doit être placé sur le cheval de manière que la ligne verticale, dans laquelle se rencontre son centre de gravité, se trouve directement opposée à la ligne verticale dans laquelle se trouve le centre de gravité du cheval et que ces deux lignes ne forment plus qu'une seule et même ligne droite".

L'alignement sur le centre était un des principes d'organisation de la cavalerie tout autant qu'un principe de rassemblement dans la bataille.

L'escadron aussi bien que le régiment étaient conçus comme des corps avec un centre de gravité. Les principes d'art équestre sont transposés à la composition de la troupe. La verticalité concrète dans le premier cas est transposée à une verticalité abstraite dans le second: c'est la verticalité parfaite de la hiérarchie sur le corps stable et unifié de la cavalerie.

En 1786, Frédéric II meurt en Prusse. L'exemple militaire s'éteint et même si pendant quelques temps le comte de Saint Germain essaya ses méthodes sur les troupes françaises (les châtiments corporels), il était dit et connu par tout le monde que si le prussien marchait au bâton, le Français, lui, marchait à l'honneur. L'Ecole militaire de Paris, l'école des cadets qui sortaient de collèges militaires, est supprimée en 1788. La même année, les carabiniers du régiment de Monsieur quittent Saumur où l'école est fermée. L'année précédente la petite écurie de Versailles l'avait été aussi. Les institutions de l'honneur disparaissent donc. Mais l'honneur allait devenir encore "plus à l'honneur", si l'on peut dire, avec la période qui allait suivre 1789. Dans les derniers jours de 1793, le Comité de Salut Public fait appel à un général de l'Ancien Régime, pour lui demander son avis sur le système militaire à adopter dans les circonstances critiques d'alors. "Il faut, disait ce général (...) doubler la masse des combattants, de sorte que, sans être obligé de réparer sur le champ les pertes probables, on puisse opposer le nombre aux efforts de l'art. Le moyen le plus sûr d'atteindre ce but, c'est de faire la guerre en masse; c'est-à-dire de placer sur tous les points d'attaque le plus de troupe et d'artillerie possible, de prescrire aux généraux comme le devoir le plus sacré de combattre toujours à la tête des troupes, pour leur donner l'exemple du courage et du dévouement, et de les accoutumer à ne jamais calculer le nombre des ennemis, mais à les attaquer avec chaleur, la baionnette au bout du fusil, sans s'amuser longtemps à tirer ou à manoeuvrer, car les troupes françaises d'aujourd'hui n'y sont plus assez exercées, elles n'y sont pas seulement préparées" (27).

Cette déclaration illustre ce qui sera bientôt demandé à tous les patriotes, dans l'armée républicaine.

La Révolution se caractérise par une situation où le pouvoir apparaît à tous comme vacant, devenu libre, intellectuellement et pratiquement.

Dans l'ancienne société, c'était le contraire: "le pouvoir était occupé de toute éternité par le roi, il n'était jamais libre qu'au prix d'une action à la fois hérétique et criminelle et il était d'ailleurs propriétaire de la société arbitre de ses fins. Or, le voici non seulement disponible, mais propriété de la société, qui doit investir, le soumettre à ses lois. Comme il est aussi le grand coupable de l'Ancien Régime, le lieu de l'arbitraire et du despotisme, la société révolutionnaire conjure la malédiction qui pèse sur lui par une sacralisation inverse de celle de l'Ancien Régime: c'est le peuple qui est le pouvoir" (29).

 

 

ANNEXE DU CHAPITRE VI :

LES THEORICIENS DE L'EQUESTRATION MILITAIRE AU XVIIIe SIECLE

 

Celui que Frédéric II appelait le professeur de "tous les généraux", Maurice de Saxe (1696-1750), avait commencé sa carrière à douze ans au siège de Lille où il avait rejoint son père dans le camp des ennemis de la France. Il est au siège de Tournai et se bat à Malpaquet. C'est en 1720 qu'il offre ses services à la France. Il combat aux côtés du duc de Belle Isle (Charles-Louis Auguste Fouquet, 1684-1761, le futur ministre de la guerre). Plusieurs campagnes et plusieurs commandements de provinces en font un des hommes les plus puissants d'Europe. Louis XV avec lequel il avait fait la campagne des Pays-Bas, le nomme Maréchal de France. Le Maréchal de Saxe donna priorité aux manoeuvres dans ses batailles. Pour lui l'art de la guerre consiste à contraindre l'ennemi à abandonner la lutte sans avoir recours à la bataille. Il s'agit de démoraliser l'ennemi par des manoeuvres préliminaires. Cette théorie, le Maréchal voulut qu'elle fut généralisée et chargea un de ses aides de camps, Drummond de Melfort, d'exercer son régiment et ses cavaliers afin de "s'en bien trouver" en temps de guerre.

Louis Hector Drummond de Melfort (1721-1788) était issu d'une famille de cavaliers. En 1735, il est cornette au régiment de Gesvres Cavalerie. En 1739 (17 ans) il est capitaine à Royal-Piémont, en 1745 (23 ans), il est aide de camp de Maurice de Saxe à Fontenoy. Il reçoit en 1747 le commandement du régiment Orléans-cavalerie. Drummond de Melfort essaye d'imposer l'idée d'une simplification des principes équestres afin qu'ils fussent bien saisis par les cavaliers. L'édition en 1776 de son Traité de Cavalerie est bien postérieur à la composition de ces principes que Drummond avait rassemblés en mémoire dès 1748. Ce furent ceux qui seront repris par l'ordonnance de 1766 pour l'instruction des corps de cavalerie, dont nous savons l'abandon après la disgrâce de Choiseul en 1770. En 1750, Drummond de Melfort travaille avec Lubersac aux chevau-légers à Versailles. En 1761, il commande la légion royale et devient maréchal de camp et inspecteur général des troupes légères. Dans son "traité de cavalerie" il dit que "tout ce qu'il désire est de contribuer à former des gens de guerre" (30).

"Il ne suffit pas pour un officier général d'être en état de bien commander, mais qu'il faut de plus qu'il ait le talent de pouvoir, du premier coup d'oeil apprécier le degré d'instruction des troupes qu'il aurait à conduire, afin de s'arranger en conséquence sur les commandements qu'il aurait à leur faire" (31).

Le coup d'oeil, oui, mais il faut aussi l'art d'intervenir. Pour cela il faut des aides. "Ce que l'on appelle Aides, en terme d'équitation n'est autre chose que le secours que le cavalier tire de sa main, de ses cuisses, de ses jarrets, des gras des jambes et des talons, auxquels les éperons sont attachés" (32).

Un autre personnage est à signaler. Ecuyer du Dauphin depuis 1751, il contribua à la réorganisation de l'équitation dans la cavalerie. Montfaucon de Rogles (1717-1760) est l'élève de François de Salvert puis de Lubersac. Il est aux pages du Roi en 1738, d'où il sort cornette de cavalerie en 1745. Il est en 1747 à la tête du manège de l'école des chevau-légers. Il écrivit un traité d'équitation édité seulement en 1778 et réédité en 1810. Lors de l'installation de l'école de cavalerie à Saumur en 1814, le manuel réalisé pour l'instruction équestre s'inspira en grande partie de son traité.

Mottin de la Balme (1745-1780) militaire de carrière combattit très jeune pendant la guerre de sept ans au côté du prince de Condé. Il écrit deux ouvrages : "Essais sur l'équitation ou principes raisonnés sur l'art de monter et de dresser les chevaux" (1773) et "Eléments de tactique pour la cavalerie" (1776). Il est officier à Lunéville et à ce titre il enseigna des théories équestres proches de celles de Lubersac et d'Auvergne, sous l'aspect de la nécessaire simplification du langage équestre pour l'instruction aux simples cavaliers. "Au lieu de faire du dressage du cheval un art difficile et sur lequel on subtilise, il serait plus pratique de le rendre simple et d'en faire faire un travail utile pour le cavalier. Au lieu de lui apprendre les allures de la haute école, il vaudrait mieux l'exercer aux allures de manoeuvre, dont il peut avoir besoin devant l'ennemi...". En fait, pour Mottin de la Balme, il faut blamer les allures raccourcies dont l'académisme donnait un exemple caricatural.

"Ce n'est pas d'après le grand nombre, les grands mouvements des troupes qu'il faut d'abord compter, combiner et rechercher la cause des désordres, du succés ou des revers, mais d'aprés la mécanique et l'organisation de toutes les parties qui composent les divisions, dont l'action et la volonté unanime poussées à un certain degré et secondées de la science, triomphent constamment de la valeur de la force mal employée, du nombre et des obstacles. Pour y parvenir, on doit choisir avec discernement les combattants, les former et les ordonner de la manière la plus avantageuse en sorte qu'ils puissent se secourir mutuellement sans se nuire: il faut endurcir les corps par de continuels et violents exercices, multiplier la force par l'adresse ainsi que la masse par la vitesse, il faut armer, discipliner, exciter et diriger les passions, pour les faire tendre à d'heureuses fins" (33).

François Philibert Loubat baron de Bohan (1751-1804) est un des héritiers de l'enseignement de d'Auvergne. En effet, il entre à l'école militaire de Paris en 1768, Bohan est cornette au régiment Royal-Cologne, puis nommé capitaine en 1776 au La Rochefoucauld-Dragons. En 1781, il fait paraître un "Examen critique du militaire français". En 1784, il est nommé colonel au Lorrain-Dragons. En 1791 il est élu commandant de la garde nationale à cheval à Bourg-en-Bresse. Bohan est un de ceux qui transmirent au XIXe siècle les enseignements de l'Ecole des chevau-légers et de l'école militaire de Paris. Dans son ouvrage on retrouve la double revendication de l'armée française, à savoir des règlements précis et détaillés qui seraient en même la marque de la volonté du Roi : "En général, le soldat ne saurait être assez exercé. Mais il semble qu'on pourrait faciliter un peu plus à l'officier les moyens de s'instruire par une ordonnance bien détaillée qui fixât pour toujours l'intention du Roi et donnât des règles certaines et immuables".

Jean François Ducroc de Chabannes (1754-1835) entré à l'Ecole militaire de Paris en 1766, fut aussi trés influencé par d'Auvergne. En 1772, il est sous-lieutenant au Royal-Cavalerie où il est nommé lieutenant en 1775. En 1792, il reçoit la Croix de St Louis et sert la République. Il envahit la Savoie, en 1793, il assiège Lyon où royalistes et girondins s'étaient soulevés contre la Convention. Il fait les campagnes de l'an II, III, IV en Italie, en XIV, 1806, 1807, 1808 aux armées du Nord. En janvier 1815 il est écuyer à Saumur, il est rayé des cadres en Février 1817 à la suite d'un différent avec Cordier à propos de la valeur des exercices de manège dont il ne voyait pas l'utilité, comme de l'équitation académique. Il écrivit un traité élémentaire d'équitation à l'usage des lycées de l'Empire (1812) et rédigea ses cours qu'il fit à Saumur en 1817. Il donna aussi pour asseoir historiquement son héritage, un cours résumant les principes de d'Auvergne édité en 1827.

Jean-Baptiste de Boisdeffre (1747-1827) fit ses débuts à l'Ecole militaire de Paris avec d'Auvergne. Après l'école il est nommé au corps de carabiniers de Monsieur le comte de Provence, futur Louis XVIII. Il est lieutenant en 1775, capitaine en 1785. Il est nommé instructeur d'équitation jusqu'en 1788. Boisdeffre, contrairement à Bohan, émigre mais rentre en 1802. Il fait rééditer son ouvrage de 1788 "Principes de cavalerie". Instructeur d'équitation à St Cyr, en 1811, Boisdeffre comme Bohan contribua à transmettre l'héritage du XVIIIe siècle. Boisdeffre dénonce la routine de l'enseignement équestre dans la cavalerie. "Une théorie superficielle, incomplète et fautive a formé jusqu'ici la base de l'instruction du cavalier. Dans presque toute la cavalerie cet objet est abandonné à un bas officier qui, uniquement guidé par une routine de mots, n'apprend à l'homme qu'il instruit qu'à être un automate placé de telle ou telle manière" (34).Il est intéressant de souligner la dénonciation "d'une routine de mots" ne produisant que des "automates". Il ajoute "l'art de l'équitation de quelque manière qu'on l'envisage, ne peut être considérée sous un point de vue plus utile que par l'application qu'on peut en faire à rendre plus redoutable une arme essentielle" (35)."L'objet que je me propose (...) est de chercher quels peuvent être les moyens les plus prompts et les plus efficaces qui donneront à un régiment de cavalerie l'ensemble et la célérité qu'il doit avoir à l'exécution d'une manoeuvre. La principale cause du peu de progrès qu'a fait la cavalerie française depuis vingt ans qu'on l'instruit, vient sans doute du vice de l'instruction du cavalier. On n'a point assez senti que la position la plus militaire doit être en même temps 1a plus ferme, et celle qui donne le p1us de liberté. Des cuisses tournées avec raideur, un corps soutenu avec gêne, aucune liberté dans le travail des bras et des jambes, des chevaux trop retenus, des opérations presque toujours fausses, toutes ces raisons ont dû faire consommer une grande quantité de chevaux, avec très peu d'avantages pour la chose. Il faut nécessairement, lorsque plusieurs parties doivent concourir à former un tout, qu'elles y soient préparées de manière à tendre à l'union et à l'accord que son ensemble exige.(...) Je voudrais qu'un cavalier ne fût jamais mis dans l'escadron qu'il n'eût été instruit de tout ce qui y est relatif" (36)? Pour Boisdeffre, pour "dresser l'ensemble", il faut que chacun y soit préparé. Même, il pense qu'il faudrait pendant un mois par an reprendre cette école individuelle "en s'attachant à la correction des défauts dont il ne faut plus s'occuper dès qu'on manoeuvre". "Avant d'être mis en mouvement, on préviendra que l'avertissement de "garde à vous" est l'ordre du silence et de l'attention, qu'aussitôt qu'il est prononcé, chaque cavalier doit être soutenu, avoir la tête haute et l'oeil à l'alignement, d'un air fier et militaire"(...) "personne n'ignore que la force des armées est chez toutes les nations, l'ouvrage de la discipline et la cavalerie abandonnée, sans règles ni mesure, serait bientôt la victime du désordre".

La grosse difficulté dans la cavalerie viendrait du fait que lorsque " le cavalier escadronne, son cheval lui oppose toujours une résistance car il se laisse porter par les autres animaux et c'est une des causes des désordres et des paniques ". Il faut dès lors éviter "que ce fut le cheval qui menât le cavalier".

Les théories militaires donneront au dressage du cheval une plus grande importance à partir de ce constat.

 

 

 

(1) SAINT GERMAIN (comte de) cité par PREVAL, Observation sur l'Administration des corps, Paris, 1815.

(2) BRIQUET (de), Code militaire ou compilation des ordonnances des Roys de France concernant les gens de guerre, T.1, Ed. 1728, p. 280.

(3) Observations sur différentes parties concernant la cavalerie (Archives de la guerre), cité par DESBRIERES, op. cit., T.1., pp. 30 et suivantes.

(4) Id., p. 33.

(5) SURLAVILLE (M. de), cité par DESBRIERES, op. cit., p. 39.

(6) Cité par CHOPPIN, Les hussards, les vieux régiments 1692-1792, Paris et Nancy, 1899, p. 345.

(7) PICARD, Origines de l'école de cavalerie et de ses traditions équestres, Saumur, 1890, T.1., pp. 283, 284.

(8) Mémoire, 1760, aux archives de la guerre. Cavalerie/organisation Carton III, cité par DESBRIERE et SAUTAI, op. cit., p. 46.

(9) ESCOULOURE (le marquis de), le 4 décembre 1760, cité par DESBRIERES et SAUTAI, op. cit., p. 46.

(10) Monsieur, frère de Louis XVI, futur Louis XVIII.

(11) Nous ne rappelons ici que quelques dispositions de celle-ci.

(12) Archives historiques du Ministère de la Défense Cavalerie.

(13) Observations sur l'état actuel et l'instruction de la cavalerie par M. le marquis de CASTRIES, 31 décembre 1770

(14) Id.

(15) "Notre état militaire est parvenu à être composé (on ne pourrait, on n'oserait jamais le croire, si on n'en avait les preuves sous les yeux) de près de 35 000 officiers ou représentants d'officiers de tout grade", Guibert, 28.10.1787.

(16) Quelques réflexions sur l'armée, nov. 1790, Carton, Constitution et organisation, Archives de la guerre.

(17) Mémoire de 1781, op. cit.

(18) SAUNIER (G.), L'art de la cavalerie, Paris, 1756, pp. 33, 34, 35.

(19) BREZE (de), Observations historiques et critiques sur les commentaires de Folard, T. II, 1772, p. 67

(20) AUTHEVILLE (d'), Essai sur la cavalerie, 1756, p. 265.

(21) Id., p. 269.

(22) Id. p. 270.

(23) BREZE (comte de), op. cit., T. II, p. 9.

(24) Cf. CHOPPIN (H.), L'équitation militaire au XVIIIe siècle, 1902, pp. 46 et suivantes.

(25) "Mémoire raisonné sur l'équitation, simplifiée et mise à la portee des officiers qui sont charges de l'instruction des régiments de cavalerie et de dragons", publié par CHOPPIN (H.), L'équitation militaire au XVIIIe siècle, Paris, 1902, pp. 49 et suivantes.

(26) AUVERGNE (d'), Id.

(27) Cité dans l'article "Observations sur l'armée française de 1792-1808", Revue de cavalerie, T. 21, mai 1895, p. 116.

(28) Cité par Revue de cavalerie, T.41, 1905, p. 613. (note inexistent)

(29) FURET (F.), Penser la Révolution française, Paris, 1978, Gallimard, p. 71.

(30) DRUMMONT de Melfort (Louis Hector comte de), Traité sur la cavalerie, Paris, 1776, p. 400.

(31) Id., p. 399

(32) Id., p. 31.

(33) MOTTIN DE LA BALME, Eléments de tactiques sur la cavalerie, Paris, 1776, pp. XVII, XIX.

(34) BOISDEFFRE (J.B. de), Principes de cavalerie, réed. 1807, p. 11.

(35) Id., pp. 12, 13.

(36) Id., pp. 33, 34.