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 ·  introduction ·  I ·  II ·  III ·  IV ·  V ·  VI ·  VII ·  VIII ·  IX ·  X ·  XI ·  XII ·  conclusion ·  bibliographie ·

 

I - LA PREPARATION MORALE

1. La recherche d'un code moral

2. Le corps du chef

a) Le chef instructeur

b) Les dieux de Saumur

II - L'ATTENTE DE LA GUERRE

1. Les grandes manoeuvres

2. La future guerre

III - LA FIN DE LA CAVALERIE

(notes)

 

 

CHAPITPE XII - LE DRESSAGE MORAL

La guerre de masse a transformé les relations de la vie militaire avec le monde civil et rapproché les militaires du pouvoir. Bien que proches des sphéres politiques, les militaires ne purent que rarement s'habituer à la chose politique (1). Ils se considéraient comme investis d'un rôle moral à l'égard de la société. Dans l'organisation de la "vie morale du pays" l'armée joue un rôle de premier plan: "on peut considérer l'armée permanente comme une école pratique pour la masse de la population, école intellectuelle, école de moralité, école de perfectionnement physique. Sous le rapport intellectuel, les soldats apprennent à lire, à écrire, à compter (etc...). Sous le rapport moral, l'état militaire est un correctif aux défauts de caractére aux mauvais penchants, à certains vices d'organisation: le contact des hommes entre eux les oblige à des égards réciproques, le respect de la hiérarchie militaire prépare pour l'avenir de celui de la hiérarchie sociale (2).

Après la défaite de 1870, quarante quatre années vont s'écouler dans une relative quiétude, coupées de bruits de guerre et d'expéditions coloniales dans lesquelles la cavalerie n'a qu'une part relative. Pendant cette longue période elle se prépare à la revanche. En septembre 1914, au lieu de rendre décisif le revirement de la guerre par une charge sur les arrières allemandes, la cavalerie avec des chefs trop vieux et bien réglementés attendit des décisions d'un état-major lointain et aveugle, elle se replia. Dans une première partie nous présenterons le besoin de la cavalerie de se donner un code moral transmis par des chefs "infaillibles". Ensuite nous montrerons comment la longue et lente attente de la charge victorieuse s'organise pour enfin s'évanouir en septembre 1914.

I - LA PREPARATION MORALE

Si toutes les armes sont à la fin du XIXe à la recherche d'un code moral la cavalerie se sent particulièrement concernée : "C'est le devoir, c'est l'honneur de notre arme de rester la plus vivante expression des facteurs animés de la guerre, et, en face du "problème scientifique, de poser éternellement le problème moral" (3). La cavalerie s'affirme contre la machine.

1. La recherche d'un code moral

Le général de Barail (1820-1902) fit carrière dans la cavalerie où il eut une très bonne réputation de cavalier. Il prit part aux expéditions d'Afrique et du Mexique. Il s'illustra dans ses combats contre la commune en 1871. Il participa à la réorganisation de l'armée comme ministre de la guerre en 1873-1874. Ses biographes lui attribuent la recréation de l'état-major général de l'armée qui faisait cruellement défaut, faute de généralissime. Le général du Barail fut très impressionné par la force nouvelle avec laquelle les mouvements d'opinion pouvaient influencer les institutions militaires dont l'immuabilité devenait légendaire. Voici comment il concevait la réorganisation de l'armée après qu'elle ait été démembrée par la guerre contre les Allemands en 1870. "Pour l'armée, surtout, il faut une organisation générale et des règles qui soient appropriées aux moeurs publiques, au caractère, au tempérament et au génie de la nation. Il faut aussi, pour le commandement, des pratiques immuables indépendantes des courants populaires" (4).

Ces deux principes touchent en profondeur la nouvelle réorganisation de l'armée après le Second Empire. Il faut que les règles d'organisation soient conformes aux moeurs publiques, et que le commandement soit lui, en revanche indépendant de ces mouvements. Dès cette époque, tout le monde est conscient que l'armée est l'affaire de 1a nation et qu'il convient de 1'adapter rapidement à cette situation politique. L'ingérence de l'opinion publique dans la solution des problèmes militaires devient normale. Auparavant, seuls, des hommes d'une expérience consommée et vieillie dans l'étude et la pratique des choses de la guerre pouvaient s'interposer. Du Barail lance un avertissement en rappelant que "l'armée n'est pas un chef d'oeuvre de mécanique dont toutes les parties savamment agencées par un constructeur habile doivent, en quelque sorte passivement, automatiquement, produire la plus grande somme possible d'effets utiles. C'est un être extrêmement impressionnable, c'est aussi une résultante. L'armée est en effet, la résultante de l'état social, moral et politique du pays, de son caractère, de son tempérament, de son génie plus ou moins guerrier, de son degré de civilisation et de richesse, en un mot, elle est l'image fidèle et vivante de la nation qui la produit. Un ministre habile profite des éléments que le pays met à sa disposition pour former une armée puissante, mais il ne saurait les créer s'ils n'existent pas" (5). Quels sont les éléments que le pays doit mettre à la disposition de l'armée ? Un autre officier répond longuement: Paul Joseph Silvestre, né en 1855, qui fut général de brigade en 1907. I1 laissa une vingtaine de textes concernant l'arme de sa vie : la cavalerie et l'instruction des cadres de la cavalerie française. Sachant parfaitement que la guerre se préparait des deux côtés, il fut un observateur rigoureux de l'équilibre des forces militaires avec l'Allemagne. En 1898, il rédige un texte d'une centaine de pages sur le "rôle de la cavalerie dans les troupes de couverture" où il écrit : "Mais à cette cavalerie pourvue de tous les moyens d'action nécessaires, supérieurement armée et instruite, convenablement montée et commandée par des officiers énergiques, habiles et audacieux. I1 peut manquer encore une force sans laquelle tout le reste n'est que néant : c'est le moral, c'est-à-dire la confiance en soi, qui engendre l'esprit d'offensive, le mordant, que doit posséder toute cavalerie digne de ce nom. Aussi de nos jours, avec le service à court terme qui nous enlève nos cavaliers au moment où ils commencent à se militariser un peu, 1'education morale du soldat doit tenir une large place. Elle est à elle seule aussi importante - plus importante peut-être - que tout le reste de l'instruction. On doit donner au cavalier l'idée de patrie, de fidélité à l'étendard, d'abnégation, de sacrifice: c'est lui apprendre à savoir au besoin mourir pour son pays, ce qui est assurément fort beau; c'est l'habituer à l'idée qu'il pourra être vaincu et tué: mais cela ne suffit pas. Le cavalier, il faut qu'il comprenne qu'il doit sauver sa vie, tuer lui-même et vaincre et que le seul moyen qu'il ait pour y parvenir, c'est d'attaquer le premier, toujours et quand même, afin d'inspirer dés le premier jour la terreur à son adversaire. I1 faut lui faire concevoir la grandeur du rôle qu'il aura à jouer à la frontière, alors que toute la France aura les yeux fixés sur lui et que ses premier succès pourront avoir une influence morale capable d'assurer des victoires à l'armée pendant tout le reste de la campagne; il faut lui donner conscience de sa valeur, de sa force, de son adresse, lui inspirer le désir de se mesurer avec l'ennemi, lui apprendre que la résolution d'aborder l'adversaire est tout dans le succés d'une charge; il faut enfin et surtout se bien garder, sous prétexte d'exciter son amour propre; de ces comparaisons avec certaines cavaleries étrangéres, dont la désavantageuse exactitude n'est rien moins que prouvée. Puissent un jour d'une guerre, nos hommes, monter à cheval avec la conviction qu'ils sont les premiers cavaliers du monde" (6).

Si quelques uns doutent de l'avenir du cheval et de la cavalerie, d'autres en revanche affirment que cet animal reste le facteur principal du moral de cette arme : "Devant les progrés de l'industrie, de la vapeur, de l'é-lectricité,des vélocipèdes, etc... on est en droit de se demander si le cheval n'est pas appelé à dispara1tre (...). C'est négativement que je réponds (...). Au milieu des turpitudes humaines, dans l'histoire de tous les peuples, à tous les époques, deux caractéres d'hommes se sont montrés maîtres des destinés de leurs concitoyens : le prêtre et le soldat. La religion et la guerre: voilà deux choses intimement liées dans l'histoire de la civilisation qui permettent à l'homme d'arriver à l'apogée de la valeur humaine et qui ne disparaitront qu'avec le monde. Si la guerre doit être de tous les temps, n'en déplaise aux inventeurs de machines meurtriéres; la première de toutes les troupes, la troupe indispensable, pour affirmer le vainqueur, c'est la cavalerie et la principale arme de la cavalerie, c'est le cheval" (7).

Pendant quarante quatre ans, on remodèle les règlements. Après la guerre, sous l'inspiration du général l'Hotte et ancien écuyer en Chef à Saumur, parût le règlement de 1876 qui portait l'accent sur la mobilité de la cavalerie et demandait une équitation mieux faite avec un dressage des chevaux plus poussé. Enfin et surtout, on introduisait dans ce règlement l'hypothèse de l'ennemi dans la manoeuvre. Les règlements de 1882 et 1899 dérivèrent de celui de 1876. A la fin du siècle on écrivait avec une certaine autosatisfaction: "Nous avons certainement actuellement, par ce règlement et son esprit, l'avance sur toutes les cavaleries de l'Europe. L'avenir nous fera voir s'il est perfectible, ce qui est possible par suite du perfectionnement continu des armes, mais tel qu'il est, si nous marchons avec lui, non dans sa lettre mais dans son esprit, nous avons tout lieu de penser qui nous n'avons rien à craindre d'aucune des cavaleries européennes" (8). Le règlement de 1899 consacre la subordination de l'instruction équestre à l'instruction militaire. Mais entre temps, les conditions avaient beaucoup changées et les contingents ont réduit leur temps de service de 5 à 4 ans, puis à 3, enfin à 2 ans. Il était devenu impossible de former les nouveaux régiments selon les anciennes normes. L'exécution des manoeuvres ne se fait plus selon des schémas indépendants, mais s'aligne totalement sur le chef lui-même. La base de la formation, faute de temps est supprimée. La conséquence de ce nouveau procédé est d'engendrer le désordre, les flottements, les resserrements de la ligne de bataille. Ce fut d'autant plus grave que les recrues étaient amenées plus jeunes sur le terrain de manoeuvres et que leur durée de service était écourtée. Les recrues étaient insuffisamment manégées et leur capacité à maîtriser leurs montures, réduites. Le rôle du colonel consistait finalement à désigner l'escadron d'attaque, qu'il dirigeait lui-même ou qu'il lançait dans la direction voulue, les autres escadrons, coopérant à cette action, principal axe de la manoeuvre.

Entre 1870 et 1914 la règlementation se transforme car la cavalerie essaye de se ''racheter'' de l'affaire de 1870 où elle avait passablement terni son image de marque. "Jusqu'ici, nous avions rattaché toutes nos applications concrètes à une hypothèse générale aussi vraisemblable que possible, mais imaginaire. Cette fois, au lieu de la réalité fictive, nous essayerons de saisir la réalité vécue. Nous étudierons le cas saignant de la guerre de 1870. En prenant ainsi une donnée historique, nous écarterons tout d'abord le reproche qui n'a point manqué de nous être fait, à savoir qu'une hypothèse imaginaire était toujours inventée pour les besoins de la cause (...). Notre droit est d'y appliquer l'analyse pour en tirer un enseignement. Puis cet enseignement recueilli, nous le reporterons à la situation historique pour la revivre à nouveau" (9). Bref, la règlementation proliférante va se nourrir de l'exemple de 1870: "Si la folie règlementaire est une folie, c'est avant tout parce qu'elle se nourrit de ses propres échecs" (10).

Le général de cavalerie Aubier, disait lors des manoeuvres de 1897: "Faire oeuvre de commandement et non de règlementation" (11). Comment la cavalerie arrive-t-elle à se définir une spécificité pour sortir du carcan règlementaire ? Elle essayera de faire vivre encore "L'esprit cavalier", ce qu'elle pense étre l'antidote à la règlementation qui l'étouffe. Le général de cavalerie Cherfils essaya de définir celui-ci et reprit comme axiome que "les armes dont on se sert pour combattre l'ennemi à distance sont plutôt des instruments de pensée". "L'esprit cavalier" est une méthode, une morale qui domine toute la guerre. Le général Cherfils ramène la guerre à une bataille entre deux peuples et il parle alors de duel. Cette dualité sera règlée en premier lieu dans le combat préalable des deux cavaleries adverses. L'esprit cavalier prédomine les hostilités et celui qui vaincra sera celui qui s'imposera à l'autre. L'idée du cavalier Cherfils est de faire de l'ennemi sa monture et lui imposer ainsi sa force morale. Ardent du Picq (1821-1870), officier d'infanterie, mort alors qu'il était colonel au 10° de ligne, le 16 août 1870, avait rédigé de très nombreuses notes qui furent imprimées en 1880 (12). Les idées d'Ardent du Picq eurent une influence considérable sur les officiers de 1914. Bien qu'il fut officier d'infanterie, il ne négligea point la cavalerie. "Les hommes ne demandent qu'à se distraire du danger qui s'avance par le mouvement, les cavaliers qui vont à l'ennemi, si on les laissait faire, partiraient au galop, quitte à ne pouvoir arriver ou arriver éreintés. Le mouvement rapide trompe l'angoisse qu'il est naturel de vouloir abréger ; mais les chefs sont là, auxquels l'expérience, le règlement, ordonnent d'aller lentement, puis d'accélérer progressivement l'allure, de manière à arriver avec le maximum de vitesse : le trot, puis le galop, puis la charge. Mais il faut du coup d'oeil pour mesurer l'espace, la nature du terrain, et si l'ennemi vient au devant, pour juger du point où l'on peut se rencontrer. Plus on approche, plus grande est dans les rangs la pression morale. La question d'arriver au moment de la plus grande vitesse n'est pas seulement question mécanique puisqu'on ne se charge à vrai dire jamais, c'est une question morale"."Un instant trop tard et l'angoisse trop grande a pris le dessus et fait agir sur les chevaux les mains des cavaliers : le départ n'est pas franc, nombre se dissimulent et restent en arrière. Un instant trop tôt et avant l'arrivée, la vitesse se ralentit, l'animation, l'enivrement de la course, chose d'un instant, s'épuise avec elle, l'angoisse reprend le dessus, les mains agissent instinctivement, et si le départ a été franc, l'arrivée ne l'est plus" (13).

Le problème moral est posé. La cavalerie se fait championne de la guerre morale. L'élément moral garantit la guerre contre les débordements déshonorants. La cavalerie maintient l'honneur. "L'idée morale domine toute la guerre, plus particulièrement la bataille qui en est l'acte essentiel, suprême (...). Seul le nerf moral rompt l'équilibre des deux forces actives (...) la guerre est essentiellement la dynamique des forces morales" (14). Mais qu'est-ce que la force morale? "C'est la résultante de qualités qui se développent par l'éducation d'efforts journaliers qui ont pour effet de fortifier l'idée du devoir, la discipline, l'esprit de sacrifice: c'est le faisceau des liens qui établissent entre tous les degrés de la hiérarchie, la solidarité, la confiance, la soumission et l'amour. C'est la synthèse d'une oeuvre patiente qui a ses racines au plus profond de notre organisation, mieux de notre organisme militaire" (15). "Le combat de cavalerie est, non point le choc de deux impulsions physiques, mais la rupture d'équilibre de deux impulsions morales" (16).

La cavalerie est dans la guerre l'instrument producteur non pas des grands chocs mais des grands effets. Pour cela, il fallait entretenir dans les corps de cavalerie le noyau prépondérant. Les "gradés" sont ces hommes charnières, "instruisant et dirigeant". Nous savons les causes qui ont fait la puissance de l'Allemagne actuelle due incontestablement aux institutions militaires de la Prusse. Or l'unique moteur qui anime les masses formidables auxquelles nous n'avons pas pu résister, c'est le corps d'officiers. De tout temps, il fallut que l'officier digne de ce nom fût un homme qui aux heures suprêmes en présence de la mort, sut conserver intact son pouvoir sur les hommes" (17).

2. Le corps du chef

Le chef instructeur

Comme "l'instruction première du cavalier est la base d'une bonne discipline, elle a pour objet d'inculquer à l' homme, dès le principe, le sentiment de l'obéissance et de la précision, et d'associer gratuitement le cheval à son cavalier de manière à en faire un tout alerte, entreprenant et docile dans la main du chef, soit isolément, soit en troupe". En conséquence, "l'instruction des gradés vise un double but, répondant à la double mission qui leur incombe. S'ils doivent être en effet, en temps de paix, les éducateurs de leurs cavaliers dans toutes les parties du service, ils doivent aussi en temps de guerre, posséder eux-mêmes les connaissances nécessaires pour employer utilement en toutes circonstances les hommes qu'ils ont instruits. Après avoir forgé l'outil, il faut qu'ils sachent s'en servir (19). "L'initiative intelligente des instructeurs doit tenir constamment en éveil l'attention des cavaliers : nous dirions volontiers élèves, car l'armée du service obligatoire n'est plus qu'une grande école d'entraînement physique et moral" (20).

La formation de l'instructeur se profile sur le dressage du cheval que l'on veut obtenir. Voici comment le colonel Thomas présente l'esprit militaire: "Quant à l'éducation militaire, elle demande beaucoup de soin, un tact parfait de la part de l'instructeur. Cette éducation consiste à rendre l'homme de troupe sûr de lui, à ne pas le laisser travailler machinalement, à lui apprendre qu'il doit devenir un être intelligent qui coopère aux succès. Il ne faut donc pas hésiter à employer tout ce qui peut contribuer à augmenter ou à relever le niveau moral du soldat Et au 1ieu d'en faire un machine qui ne se meut que par un commandement, on doit, en lui inspirant le sentiment de la discipline et du respect pour ses chefs, le mettre à même de conserver son initiative régularisée par l'instruction" (21). "L'officier de cavalerie surtout, doit exercer un commandement plus direct, plus physique que tous les autres" (22). En attendant, "pour être un bon chef, il faut se souvenir des difficultés qu'on a rencontrées, lorsqu'il a fallu mettre d'accord la volonté des supérieurs et la résistance des inférieurs. C'est entre l'enclume et le marteau que le fer prend sa forme: c'est entre le chef et le soldat que l'officier acquiert l'expérience nécessaire au commandement" (23).

Assez subtilement et progressivement, l'officier deviendra alors le chef instruit et instruisant, équestré et équestrant. "Il est aussi nécessaire à un chef d'avoir dressé beaucoup de recrues pour connaître les ressorts humains, qu'il est nécessaire à un officier de cavalerie d'avoir dressé beaucoup de chevaux pour juger sûrement de l'état de sa troupe, au moment où les ordres lui parviennent. Tel officier amènera sa troupe mourante peut-être mais arrivera au but; tandis que tel autre, moins praticien, doutant des forces qui le suivent, manquera le moment propice, faute de savoir tirer parti d'une troupe épuisée, le verra s'effondrer avant d'avoir pu fournir l'effort décisif" (24). Au cours des manoeuvres en 1906, on a eu à constater que les officiers mêmes se laissaient beaucoup trop distraire par la vue de "l'ennemi"; au point quelquefois de ne plus prêter aucune attention aux commandements de leurs chefs, et de leur échapper complètement. Il était insuffisamment compris, au goût de certains, "qu'au moment suprême qui précède l'abordage depuis le dernier des troupiers jusqu'au sommet de l'échelle hiérarchique, chacun ne doit plus avoir d'yeux et d'oreilles que pour son chef direct, ne doit plus perdre de vue un seul de ses gestes, afin que tout le monde s'engage avec le plus grand ordre et la plus extrême précision suivant la volonté unique de celui qui commande; que la réalisation de cet ensemble dans l'effort est infiniment plus importante pour assurer le succès d'une attaque que la qualité de la conception de celui qui déchaine l'ouragan" (25).

Désormais, depuis l'école du peloton jusqu'au maniement des masses, il n'y a plus de formules, plus de modèles, plus d'images. Une seule règle simple mais substancielle, tient lieu de but : suivre le chef. "Suivre le chef non seulement de corps, mais aussi d'âme ; avoir constamment les yeux et la volonté fixés sur lui, partout et toujours se trouver derrière lui" (26).

"Une troupe de cavalerie qui manoeuvre devient une personnalité vivante qui a une idée fixe: le chef" (27). On disait aussi: "il suffit que le plus beau des régiments change de chef, pour qu'en quelques mois, il passe du plus parfait état d'entraînement physique et intellectuel à la douce torpeur d'une garde nationale à cheval. La cavalerie est l'arme impressionnable par excellence, la plus sensible à la pression morale du milieu ambiant. Elle doit vivre dans une atmosphère électrisée à haute pression. Or, c'est le chef seul, qui, par son fluide, crée cette atmosphère vivifiante et ardente. Tel chef, telle cavalerie" (28). Le chef devient, dans les textes sur l'emploi de la cavalerie, omniscient par tout son corps. Le règlement fait le corps du chef . "Le règlement doit mettre dans la main du chef de la cavalerie un instrument qui doit être animé de toutes ces qualités. La réalité impérieuse de la guerre les exige au plus haut degré de perfection. Notre règlement a réalisé cet idéal de souplesse et de sûreté par la simplicité et l'élasticité de ses moyens; et il permet que la résolution du chef puisse passer en quelque sorte matériellement dans le déploiement et dans l'attaque sur un seul geste ou à un commandement. J'ai dit geste ou commandement. Je m'explique. C'est une nécessité absolue qu'une troupe soit assez souple, assez manoeuvrière, assez équilibrée dans la main de son chef, colonel ou commandant d'escadron, pour pouvoir manoeuvrer au geste, et cette manière est sur le terrain d'exercice la meilleurs sanction de l'instruction parfaite" (29).

Le titre premier du décret du 31 mai 1882 (30), s'intitule "bases de l'instruction" et il est rédigé ainsi. "Notre règlement avait dit: "l'instruction première du cavalier est la base d'une bonne discipline, elle a pour objet d'inculquer à l'homme, dès le principe, le sentiment de l'obéissance et de la précision et d'associer gratuitement le cheval à son cavalier de manière à en faire un tout alerte, entreprenant et docile dans la main du chef, soit isolément, soit en troupe".

Le chef est peut-étre à lui seul la moitié de la cavalerie qu'il commande. "Il vaudrait mieux une cavalerie médiocre comme chevaux et comme cavaliers commandée par un chef d'élite, qu'une cavalerie supérieurement préparée entre les mains d'un chef médiocre" (31). Rejeton d'une race, le chef est fait de ses qualités natives et de ses qualités acquises. Pour le général Cherfils écrivant en 1899, les qualités natives doivent comporter une énergie physique et morale, une promptitude de vue, de décision, une illumination, un jaillissement qui sont extrémement rares et qui constituent la partie artistique du commandement de la cavalerie. "Prenez dix mille chevaux, mettez les quelque part dans un pli de terrain, puis voyez les passer devant vous en masse. Eh bien, selon qu'il y aura à leur tête, un général ou un autre, ces mémes officiers, ces mémes cavaliers, ces mémes chevaux, ça ressemblera à un cortège funèbre qui aura perdu ses carapaçons de deuil, ou ce sera de la cavalerie" (32). La recherche d'un chef est nulle part aussi sensible que dans la cavalerie parce que cette arme s'est toujours définie comme elle définit ses chevaux, "nerveuse impressionnable" (33) et que ainsi elle se désire dressée "condensée, tenue dans la main du chef. Elle se veut maniable et pétrissable à volonté". "C'est le chef qui doit être fait de résolution, afin que de lui cette résolution invincible se communique aux officiers, aux cavaliers, aux chevaux mémes" (34).

Au-délà de ses dons naturels, le chef doit se préparer laborieusement. Dans la cavalerie, la vitesse est la caractéristique essentielle. Les minutes y ont une valeur décisive, il importe de voir vite et de se décider plus vite encore. "Il faut que l'esprit ne soit pas surpris par la souveraineté des situations qu'il a à résoudre immédiatement, qu'il ait été préalablement assoupli, exercé par une préparation rationnelle" (35) Celui-là qui a su assouplir son esprit, le préparer par la gymnastique acharnée des solutions tactiques et la méditation des cas concrets, peut seul, au jour de la manoeuvre, ou de la guerre, ne pas être maladroit et manier son esprit à travers la tactique, comme un cavalier exercé manie son cheval au galop avec la plus parfaite aisance". Les qualités du chef se voient dans son équitation, se vérifie dans le maniement de sa troupe, ce qui faisait dire aux connaisseurs : "De deux cavaleries qui s'avancent à la rencontre l'une de l'autre, je vous dirai celle qui sera la victorieuse, rien qu'à voir l'attitude des cavaliers sur leur selle et l'allure allègre des chevaux levant leurs pattes" (36). La mobilité et la souplesse de la manoeuvre sont des qualités de la cavalerie qui ne sauraient exister sans l'habileté du cavalier à soumettre sa monture. Une école prépare particulièrement les chefs dont la cavalerie a besoin et même ceux de l'armée toute entière puisque la grande majorité des officiers d'état-major avant 1914 sont des cavaliers: c'est Saumur.

Les dieux de Saumur

Tout le monde reconnaît que Saumur fait des cavaliers remarquables. "Sous l'influence d'observations fréquentes, de conseils journaliers, l'écuyer imprime à l'élève sa propre valeur, son habileté, son tact" (37). Voici comment leur étaient présentés les hommes qu'ils auraient à commander: "les soldats de la nation armée auront quitté pour la plupart la veille de la bataille leur charrue, leur comptoir ou leur atelier; c'est le caractère, c'est l'âme de l'officier qui pourront commander leur obéissance, non ses insignes. Aussi faut-il que le corps d'officiers soit une aristocratie, non pas une aristocratie de naissance qui n'est plus aujourd'hui qu'un vain mot, mais bien une aristocratie intellectuelle et morale. Et remarquons-le, il est impossible de donner une définition plus démocratique" (38).

La leçon pédagogique continue: "Le paysan est rarement cavalier de naissance, les travaux de force lui sont habituels; il est souvent épais, gauche, contracté, brutal dans ses mains, inhabile de ses jambes; il n'est pas maître de ses aides, ses actions sont contraires, violentes, incertaines". "Le cheval de son côté, est un être vivant avec ses forces physiques et morales, il a des muscles, un systéme nerveux, osseux, cérébral, sanguin, il a son intelligence, sa volonté, ses révoltes; le tout, soumis à un développement que régissent les lois de la nature, elle-même sujette à des variations et à des contradictions dont les causes nous échappent le plus souvent. Il y a donc ici deux êtres vivants en présence; et l'équitation n'est autre chose, précisément, que la rencontre, l'entente plus ou moins rapide, plus ou moins parfaite, de ces deux forces physiques, de ces volontés, qui parties de trés loin, marchent, l'une devant l'autre sans se connaître et sans se comprendre encore (39). En conséquence, "il est indispensable que l'officier soit non seulement un exécutant excellent, mais encore qu'il soit un instructeur, c'est-a-dire qu'il possède du bon sens, l'esprit de méthode, la passion de son métier, et enfin beaucoup de science, car on n'est jamais en état d'exposer des principes si on ne les possède soi-même à fond" (40). Le cours d'équitation de l'école de cavalerie en 1911 ajoute: "A tous les dons de l'homme de cheval, l'instructeur doit ajouter une endurance à toute épreuve, de l'élévation et de la fermeté dans le caractère, et rester toujours un exemple de correction, de tenue et d'exactitude. Sa parole, mise au service d'un réel savoir, est toujours mesurée, et tout écart de langage sévèrement banni: un homme qui n'est pas maître de soi n'est pas digne de commander d'autres hommes(...). Encore plus haut, planant au-dessus de toutes ces vertus que doit posséder l'instructeur, il en est une qui prime toutes les autres et doit illuminer son enseignement; c'est la foi qu'il a dans son rôle. "Transformer une classe de recrues en une troupe de cavaliers intelligents et mordants: façonner leur cerveau, faire naître en eux l'esprit du devoir, d'abnégation, de sacrifice, c'est-à-dire l'esprit militaire, c'est bien là une mission digne de captiver toutes les forces et toutes les ardeurs d'une âme de chef (41).

Le général Chambe, dans ses mémoires, rappelle ce climat qui existait entre les recrues et leur chef. "Mes hommes me croient-ils ? Bien sûr qu'ils me croient ! Pour les cavaliers, l'officier (qui monte si bien à cheval)!) c'est un peu le Bon Dieu !" (42). Le pouvoir de l'instructeur est l'art de gérer des hommes qui ne se pensent plus en plus qu'en référence à d'autres corps. Saumur utilise parfaitement ce fonctionnement. Blacque Bélair est un de ces cavaliers de la fin du XIXe siècle qui est placé au carrefour de l'art équestre et de son application militaire. Drame permanent que celui de faire vivre l'un sans étouffer l'autre. L'effort pour fixer des règles nouvelles à l'équitation militaire, oblige à reformuler constamment les fondements de l'équitation qui de déplacements en déplacements se vident de leur tradition. BlacqueBélair était sorti n°1 de l'école de cavalerie de Saumur où il était élève officier en 1884 et 1885. Sous-lieutenant au 3e dragons à Tours, il se lie avec le capitaine Lyautey. Il suit des cours à nouveau à l'école de cavalerie d'octobre 1892 à la fin Août 1893. En 1898, il est admis parmi ceux que l'on appelait les dieux: capitaine instructeur d'équitation à l'école d'application de cavalerie, à Saumur. Mais l'instruction équestre, "tout en restant une dans ses principes", comporte dans sa redéfinition, des nuances très marquées, suivant qu'elle s'adresse au cavalier de rang, au gradé et au cavalier rengagé appelé à prendre part au dressage, ou à l'officier chargé de professer. Les enseignements équestres prennent le nom d'équitation secondaire ou supérieure suivant les catégories auxquelles elles s'adressent. Ces trois formes d'enseignement sont classées par Blacque Bélair dans la catégorie de "l'équitation subjective" car elle traite de l'instruction de l'homme. L'équitation objective traite de "l'éducation du cheval". "Elle étudie la constitution mentale du cheval, les lois psychologiques qui peuvent servir à l'établissement d'un langage équestre indispensable entre le cavalier et le cheval, elle détermine enfin les gymnastiques qui permettent par la suite au cheval de répondre aux exigences de l'homme" (43).

Une troisième partie du manuel présenté par Blacque Bélair suppose l'homme et le cheval instruit et donne au cavalier, les règles de l'emploi du cheval à l'extérieur. La cavalerie en général, et Saumur en particulier, ne pouvait rester imperméable au formidable essor des courses en Europe auxquelles aucun monarque ne pouvait se soustraire. Les chevaux de pur-sang, qui n'avaient pas été acceptés dans la cavalerie très anglophobe, y furent introduits après 1870 par le général Thornton et le commandant de Lignières. En 1880 une circulaire ministérielle réglemente ce sujet et grâce aux encouragements intéressés de la Société de Steeple-Chases de France, les courses militaires n'ont fait que se développer depuis ce jour. La course devint rapidement l'occasion et le support d'une moralisation de "l'esprit de guerre", complémentaire à celui de l'équitation. "Pour former le caractère des jeunes gens, il faut les exposer à des dangers réels, et dont ils peuvent se rendre compte. Tant pis pour la casse (...) que l'on inculque tout simplement à la jeunesse le mépris de la mort, et son éducation militaire sera bientôt faite (...). Sans faire des courses militaires une panacée universelle, je crois qu'il y a là une excellente méthode pour s'habituer au danger et au mépris de la mort" (44).

De cette idée générale se dégagèrent des principes de jugement implacables dont les vieux officiers allaient faire les frais. "Que de fois en voyant certains officiers supérieurs très intelligents, très zélés, ne nous est-il pas arrivé de dire ou de penser du moins : "s'ils avaient galopé !" (...) S'ils avaient cette tournure de caractère ardente, primesautière, sympathique, qui fait que du plus élevé au plus humble, on enlève tout le monde: l'étincelle qui doit distinguer le cavalier de tous les autres" (45). Le général de cavalerie ne devrait être qu'un sportman en uniforme investi des prérogatives de l'officier. Dans les courses "civiles" c'est le cheval et non le cavalier dont on cherche à développer et à faire ressortir les qualités. Pour les courses militaires, il faut renverser la proposition. Les courses militaires devînrent une entreprise d'amélioration des chefs, s'inscrivant dans le projet de construction d'une "aristocratie". La revue de cavalerie du mois de novembre 1885 édite un article qui témoigne de cette conception : "Le cheval d'armes doit donc être un cheval de galop (...) Or c'est le sang qui donne le galop. Mais qu'est-ce que le sang ? (...) La réalité du sang, c'est la qualité qu'il donne (...) Le cheval qui a du sang est souvent froid au départ, mais son courage grandit avec la tâche quon lui impose et jusqu'au bout de ses forces il répond généreusement aux sollicitations de son cavalier. Il se crêvera au besoin, mais il n'y a que des bons chevaux qui se crèvent. Il faut donc à nos chevaux d'armes du sang et beaucoup de sang. Qu'on ne croit pas que de tels animaux seraient trop délicats à manier pour nos cavaliers. On formera les chevaux et les chevaux formeront l'homme" (46). L'essor des courses militaires fut considérable dans la petite élite militaire.

Mais ces passions éphémères évoquaient trop l'Angleterre et l'anglomanie pour que l'imagination française n'essayât point de sortir un exercice de son cru. La réponse fut le concours hippique. Le comte de Montigny relate celui qui est considéré comme un des premiers concours hippique. Il eut lieu à Nancy le 28 juin 1886 (47). "Ils ont au début, comme tant de bonnes choses chez nous, éveillé la critique; à présent qu'ils ont fait leurs preuves, n'hésitons pas à dire qu'ils sont la démonstration la plus concluante du bon dressage des chevaux d'armes, et que les cavaliers y révèlent en dehors du savoir-faire, une possession d'eux-mêmes et un tact qui sont le côté moral si précieux dans l'homme de cheval, puisqu'il doit savoir alternativement dominer et régler l'impulsion, en activer et développer des moyens qui se retiennent, et cela en vue d'un alignement constant et d'un effort simultané". Le concours hippique semble pour le comte de Montigny plus propice pour développer les qualités de commandement que la course, qui reste à ses yeux, un sport de "casse-cou". L'essor du concours hippique n'équivaut pas celui de la course militaire à ce moment-là. Certains officiers réclament un parcours d'obstacles hebdomadaires plus apte à se généraliser dans tous les régiments (48).

Dans le concours hippique, l'obstacle figure l'ennemi auquel il faut se mesurer et par dessus lequel il faut "jeter son coeur". La cavalerie voulait avoir des ailes, elle les eut en 1915. Mais jamais elle ne put porter "l'Etat" comme Pégase porta Zeus : l'Etat n'avait plus besoin de cheval. Saumur était critiquée de temps à autre, mais avec l'avènement du XXe siècle, les jugements sévères sur l'Ecole d'Application prennent une acuité particulière. L'école vivait ses dernières décennies prestigieuses.

Il était reproché à Saumur de se comporter comme une université. "L'université, c'est-à-dire le régime autoritaire et ennemi de toute discussion, esprit étroit, formaliste, infécond, soumis par principe à la lettre des règlements opposé à tout commentaire dépourvu de sa propre marque de fabri-que, exclusif de toute innovation, prenant son origine en dehors de lui. L'université, c'est-à-dire cette personne orgueilleuse et fermée qui, alors que tout marche et se transforme, met une sorte de pusillanime fierté ) ratiociner, à ergoter, à couper les cheveux en quatre, à rester éternellement elle-méme, impassible et stérile. Pendant trop longtemps, l'Ecole de Saumur fut tout cela; elle créa le dilettantisme, le particularisme cavalier, pendant trop longtemps, elle marqua de son sceau ceux qui la traversèrent et qui n'eurent pas la force de réagir. Au lieu de les émanciper des formules, elle les y asservit; et beaucoup de ses bons élèves devenus chefs formèrent à leur tour d'autres bons élèves. A ceux-là, on ne saurait vraiment rien reprocher (...). Aussi l'institution seule et non les hommes est en cause" (49). Saumur avait progressivement défini sa fonction : elle devrait préparer des chefs de cavalerie en faisant des hommes de cheval; tout le monde fut d'accord là-dessus. Mais immanquablement ce rapprochement fut la cible des écrivains et critiques militaires les plus perspicaces qui n'y voyaient, en ce XXe siècle naissant, que dogme et nostalgie d'une époque révolue.

Le général de Barail écrivait dans ses "souvenirs" qu'un "officier de cavalerie doit très bien monter à cheval. C'est nécessaire. Mais (...) on doit demander à un officier de cavalerie d'autres qualités que celle d'écuyer, sans quoi il faudrait admettre que les régiments de cavalerie, les brigades et les divisions doivent étre commandés par les sous-lieutenants qui montent toujours mieux à cheval que les colonels et les généraux." I1 est reproché à Saumur d'avoir trop entretenu le goût de l'équitation, et de sa forme sportive, en faisant croire qu'il s'agissait ainsi de développer l'esprit tactique et l'idée de guerre. "Sous appellation synthétique d'esprit cavalier, elle a créé un esprit artificiel, incomplet et particulariste, ayant ses traditions, ses conventions, ses préjugés surtout (...). Je prétends que c'est une éducation faussée que celle qui enferme l'imagination d'un jeune officier dans cette conception erronée que le goût du cheval peut tenir lieu de tout et remplacer l'idéal de guerre qui doit occuper la première place dans le réve de tout soldat (...). "L'esprit cavalier tel que nous l'a légué Saumur et simplement l'ancien esprit chevaleresque peu à peu tranformé en esprit sportif. N'abandonnons rien de notre patrimoine, agrandissons-le. Restons chevaleresques et hommes de sport, mais devenons un peu plus pratiques et tacticiens" (50).

Pour illustrer la persévérance d'une croyance, voici comment l'Esprit Cavalier est encore défini dans les années 1960 par le lieutenant-colonel Repellin : "L'esprit cavalier résulte de l'enrichissement par l'équitation de qualités tant morales que matérielles plus ou moins innées: promptitude dans la décision, énergique isolement dans la poursuite d'un objectif, confiance en soi, domination des choses et des évènements ; mais en même temps mesure de l'effort; tout sentiments personnels et intérieurs, mais étrangers à un sentiment de supériorité quelconque sur les camarades (...) loin de se manifester extérieurement par une attitude trop souvent déplaisante, l'Esprit Cavalier est une réalité intérieure que crée à la longue le dressage et l'emploi du cheval qui sont par eux-mêmes enrichissants. C'est en faisant certains gestes que le cavalier se rend maître de son cheval. Si naturels que soient ces gestes, ils doivent être d'abord appris puis pour être efficaces, voulus et exécutés dans un but déterminé, mouvement, direction ou simplement attitude. L'atteinte de ce but entra1ne évidemment pour le cavalier un sentiment de confiance en ses propres possibilités" (51).

II - L'ATTENTE DE LA GUERRE

1. Les Grandes Manoeuvres

L'hypothèse de l'ennemi sur le terrain a fait prendre en compte à ces braves cavaliers, la nécessité de présenter l'aléa de la guerre sur le terrain de manoeuvre. Dans ses souvenirs d'un cavalier du Second Empire, Choppin écrit: "La guerre de 1870 a, pour ainsi dire, marqué une profonde coupure dans la vie de l'armée française. Ce ne sont point seulement les conditions de service, les principes d'organisation, les règlements divers, qui ont subi de véritables bouleversements: il s'est produit une transformation, peut-être encore plus significative, dans le caractère, la physionomie, les tendances de l'armée. La défaite impitoyable a jeté une sorte devoile obscur entre les deux époques qu'elle sépare" (52). Pour cet officier né en 1820, qui a eu une carrière trés lente, le règlement de 1876 est un progrès immense. "J'éprouve un certain sentiment d'amour propre en me rappelant avoir entendu dire, bien souvent, que mon régiment atteignait la perfection.… La cavalerie, pour la première fois était exercée, pendant la paix, à toutes les opérations de guerre qui se rapportent à la diversité et à la multiplicité de ses rôles" (53). Le rapport qui précède l'ordonnance de 1876 expose les principes qui régissent la préparation et l'emploi de l'arme. Deux dogmes fondamentaux y sont exposés: quiconque est chargé de la responsabilité de l'action, doit avoir aussi le soin de la préparation, et sur le terrain, le chef est le guide de sa troupe. L'ordonnance de 1876 s'est proposée comme but, après avoir dressé individuellement chaque cavalier, d'instruire et de former le peloton, l'escadron, le régiment et de déterminer l'emploi de ces troupes. La commission estime que l'évolution et l'emploi des grandes unités ne peuvent être réglementées ni conservées dans des prescriptions de code. Ainsi, il n'y a que quelques indications générales. A ce propos, le rapport énonce que "ce serait tomber dans un écueil regrettable que de vouloir composer un répertoire de recettes infaillibles. Il ne s'agit que de soumettre des généralités à la sagacité du chef. En fait de tactique, il n'y a pas de règles absolues à poser. Les exemples qui seraient offerts, si nombreux qu'ils soient, ne pourraient suffire à la multiplicté des circonstances, et c'est seulement par l'étude de l'histoire militaire qu'on parvient à s'assimiler un grand nombre de principes qui, venant en aide à la mémoire et à l'intelligence donnent la science capable de résoudre tous les cas qui peuvent surgir". Si la volonté est explicite de ne pas soumettre les généraux à des solutions définies, "la grande question est d'avoir de bons régiments, bien dans la main de leurs chefs et manoeuvriers". Une unité de commandement nécessite un "centre d'attraction des forces". Le capitaine commandant, représente la "vivante unité" au niveau de l'escadron. L'escadron se compose d'un groupe de pelotons, éléments petits mais qui doivent vivre et qui ne le peuvent pas "s'ils sont privés de leurs âmes. (L'officier est l'âme de sa troupe). Pour que le régiment soit un dans l'attraction au colonel, il faut que chaque escadron soit un dans l'attraction au capitaine, comme le peloton est un dans l'attraction à son guide" (54). Le règlement de 1876 définit les "mouvements d'attraction" et prescrit des "évolutions très simples, de manière à donner satisfaction au principe qui établit la prédominance du but sur les moyens. Les règles qui les régissent sont limitées aux cas généraux. Elles n'envisagent pas les cas particuliers, qui peuvent se multiplier à l'infini".

L'idée de manoeuvre est depuis très longtemps admise dans les milieux militaires. Ceux-ci s'y étaient résolus avec la guerre de Sept ans de manière à éviter dorénavant les erreurs flagrantes lors de la bataille. Les manoeuvres conservaient cet aspect primordial de gymnastique des armées entre et pour elles. Comme on prépare le corps de l'homme par des exercices physiques,de même on prépare les grands corps. Un second aspect, cependant, prédispose les officiers et l'état-major à obliger une plus grande rigueur dans l'exécution des manoeuvres. Suivant l'adage latin "si tu veux la paix, prépare la guerre", il serait possible de degager une certaine rationalité dans les évolutions militaires de l'époque. Mais après 1870, si on prépare la guerre, ce n'est nullement pour conserver la paix. Bien au contraire la guerre prochaine est "programmée" et chacun attend le jour d'ouverture des hostilités. Il est évident même que tout découle de l'hypothèse d'une guerre prochaine contre les Allemands. "L'organisation de guerre ne doit être, en effet, que le développement simple et logique de l'organisation de paix" (55). Naturellement on déduit que le terrain de manoeuvres est "l'image du champ de bataille" (56). Le capitaine Le Prince donne un compte rendu des manoeuvres d'automne de la cavalerie, en 1889. Il relate avec pertinence que la préparation de la guerre était effective et non pas une idée nébuleuse. En exécutant les manoeuvres, "nous avons pour but de montrer que même au point de vue de la tactique du combat, les grandes manoeuvres pourraient donner des résultats importants, si elles étaient calquées de plus près sur l'image de la guerre ce qui nous parait possible. On distingue en effet, dans tout acte réel de guerre deux éléments: les principes qui président à l'emploi des force, le mode d'action de ces forces. Le premier élément est immuable par son essence même c'est celui que Napoléon a puisé, dans l'étude des campagnes d'Alexandre, de César, de Turenne, de Frédéric, et que les généraux allemands ont appris à l'école de Napoléon et dans les écrits de Clausewitz. Le second est éminemment variable, parce qu'il dépend d'engins perfectibles et changeants, des conditions locales de l'état moral ou physique des hommes qui n'est pas uniforme suivant les pays, les époques et les circonstances" (57).

La manoeuvre prépare la guerre. Elle est aussi un procédé pour faire la guerre. En quelque sorte, manoeuvrer avant le combat pour attendre et surprendre l'ennemi à son point le plus faible peut sembler antinomique avec les principes de la charge directe, franche et décisive. La manoeuvre peut alors devenir une manière d'esquiver le combat. Comment savoir le bon moment pour l'intervention. L'exegèse devient un art d'état-major, et chacun revendique la bonne application des enseignements du maréchal de Saxe, de Turenne, de Napoléon, de Frédéric II, etc..., sur le moment de la bataille propice pour la charge décisive.

2. La future guerre

"Une guerre peut parfaitement faire ressortir ce dont une arme doit étre capable, mais elle ne peut du méme coup l'élever à la hauteur de sa tâche. C'est là l'affaire du temps de paix" (58). La cavalerie prépare la guerre. Le général Bonnal publia en 1908 un livre magistral contenant ses prévisions sur la future guerre : "Nos voisins de l'est entameront les opérations avec une vingtaine de corps d'armée et onze à douze divisions de cavalerie indépendante. Ces masses seront réparties entre quatre ou cinq armées et autant de corps de cavalerie. "Sur les cinq armées, par exemple, deux seront destinées aux combats sur le front, deux à une manoeuvre semblable par le terrain de l'ouest des Vosges méridionales. C'est évidemment en combinaison avec les huit ou neuf corps d'arméss venant des régions de Trèves et de Cologne qu'opère la majorité des corps de cavalerie allemands, attendu que le pays à l'ouest des Vosges se prête mal à l'action de la cavalerie en grande masse, tandis que la région du nord de l'Argonne, outre qu'elle est très favorable, verra se produire la manoeuvre débordante principale. Dans le but de dominer la partie nord du théâtre des opérations, ou, ce qui revient au même, de procurer au commandant des armées d'aile droite sa liberté de manoeuvre, ces armées s'efforceront d'obtenir dans la bataille, les avantages suivants :

a) Tendre devant les masses armées un voile impénétrable

b) Refouler la cavalerie adverse sur son infanterie, dénombrer celle-ci et signaler les emplacements et mouvements" (59).

Le général Bonnal en conclut qu'il faut tout sacrifier à l'obligation de tenir la cavalerie allemande en échec sur la partie du théâtre des opérations. Il préconise d'envoyer en Belgique puisque "on ne maîtrise la cavalerie qu'avec la cavalerie", une force équivalente. Cette opinion est déjà isolée chez les officiers supérieurs. Certains préfèrent opposer uniquement à la cavalerie allemande le canon et le fusil. Opposer le feu à la charge de cavalerie, c'est bien sûr un des éléments nouveaux de la stratégie défensive. Mais pour la nouvelle école, il faut aussi en déduire que l'offensive de la cavalerie ne pourra plus se faire comme la réserve de Murat le faisait un siècle avant. La cavalerie ne chargera donc plus sur l'infanterie munie maintenant de mitrailleuses. Alors la cavalerie développe son rôle d'observation, c'est-à-dire qu'elle doit entrer en contact avec l'ennemi, de façon constante. A l'occasion, elle refoule la cavalerie adverse en vue de découvrir les emplacements et les mouvements de l'infanterie. Observer l'autre mais aussi couvrir les siens. Le deuxième rôle nouveau est celui dit de "couverture". Une bonne "couverture", procurera à tout le système, une grande force de résistance. La cavalerie perd dans les discussions militaires du début du XXe siècle son rôle prédominant dans la décision de la bataille. Le rôle d'informateur de l'état-major est déjà largement concurrencé par le "dirigeable". L'aviation n'est pas encore assez avancée pour que les officiers puissent fonder sur elle de sérieuses espérances. Mais dès 1905, certains d'entre eux, espèrent que l'avion leur procurera sans doute, et sous peu, bien des surprises. Les esprits envisageant la transformation des conditions de la guerre par la révolution des conditions techniques, sont malgré tout, isolés et la cavalerie se maintient sur son "piédestal", assez fermement. On parle toujours de son rôle, et les écrivains militaires lui taillent toujours des justifications sur mesure que les faits de paix ne peuvent guère démentir. Dans l'organisation de la cavalerie, le débat de fond était le grand débat sur le futur champ de bataille. Tout le monde est convaincu que le front ne sera plus celui limité seulement par le champ de vision du commandant en chef, mais s'étendra sur toute la longueur de la frontière. Dès lors la cavalerie doit-elle combattre aux "ailes" des armées qui s'étaleront sur des centaines de kilomètres ou bien chaque armée aura-t-elle sa cavalerie, et le front serait-il fait de multiples champs de bataille articulés ? Il est difficile à l'état-major de penser le fractionnement d'une arme qui se déclare une et indivisible dans son rôle stratégique. L'infanterie dont la mission est d'occuper l'espace, cède presque toujours devant une attaque de front appuyée par une attaque tournante de la cavalerie. La grande extension des fronts de combat est caractéristique des guerres du debut du XXe siècle. Ces trois armes participent donc au concert de la grande bataille générale. L'extension des fronts peut produire des vides qu'il appartient à la cavalerie de combler lorsqu'ils apparaissent dans les troupes amies et où il faut s'engouffrer dans le cas où ce vide se produit chez l'ennemi. Seule la présence de la cavalerie à tous les endroits du front peut permettre cette circonstance tactique. Cela conforte les tenants de la cavalerie du corps d'armée : la cavalerie agissant de concert et non indépendemment. Ainsi la cavalerie n'est plus l'élément réservé au commandement suprême, mais seulement une arme tactique importante, et encore, uniquement de circonstance. La cavalerie de corps d'armée agissant en relations étroites avec l'infanterie et l'artillerie devra opérer par des chevauchées rapides et foudroyantes, par surprise, le sabre à la main. L'infanterie aspire vivement d'ailleurs à cette présence de la cavalerie. Les officiers comprennent cette réorganisation d'une manière extérieure, éloignée, sans se "rendre compte des nécessités sans cesse croissantes d'une union plus intime de toutes les armes" (60). "La cavalerie est l'arme dont le concours est le plus utile à l'infanterie, c'est celle dont on peut le moins se passer. La cavalerie est l'auxiliaire de l'infanterie, non seulement dans le combat, mais dans toutes les autres circonstances de la vie, marches, cantonnements, bivouacs. Une infanterie sans cavalerie marche à l'aveugle" (61). Les principes de renforcement de la consultation entre les armes impliquent la constitution de cavalerie divisionnaire et de corps d'armée au détriment d'une cavalerie d'armée et d'une cavalerie indépendante à la disposition du généralissime. Cette organisation viole les principes de Napoléon, car pour lui, la cavalerie était par excellence, l'instrument stratégique, à son entière disposition. La cavalerie sera à l'intérieur des armées et non point à l'extérieur à cause de son rattachement aux unités relativement petites que sont le corps et la division.

Dans la préparation de la bataille future, les théoriciens de la guerre se laissent aller à imaginer des cas de figures guerrières. Pour le généralissime, la bataille se résume dans l'évènement dont il prépare l'exécution; Pour l'exécutant, pour le cavalier dépouillé de ses qualités, la bataille est là où est son combat. "Il doit y employer toutes ses forces et tout son coeur, sans compter. Pour lui, il n'y a ni rôle démonstratif, ni exécutif. Ce sont là des nuances tactiques qui relèvent de la direction du combat et qui peuvent être indiquées au général qui commande ce combat. Il les doit garder pour lui seul. Pour l'executant, il y a le combat tout court, il y a la lutte acharnée de toutes ses forces, tant et aussi loin qu'il peut" (62). "Voilà donc peut-être deux fois et trois fois vingt quatre heures que la bataille est commencée, que la fusillade, à peine interrompue par la nuit, crépite infatigable, assourdissante, énervante, que les batteries remplissent l'air de la furie de leurs éclats, que tous les approvisionnements en munitions passent par ces bouches de feu dévorantes et inassouvies, que trois, quatre armées luttent, exténuées jusqu'à l'extrème limite de la fatigue physique et de la tension morale et que toutes les forces vives de l'ennemi sont peut-être usées en entier, sans réserve et sans secours. C'est fini. Le canon se tait faute de poudre, les bras épuisés, tombent incapables d'efforts, les coeurs sont à bout de courage. C'est fini. On va enfin respirer. Non. Ce n'est point fini: ça commence. Ce combat de trois jours n'est qu'un lever de rideau. Le drame tragique entre en scène. La poudre de 360 canons éclate tout à coup et derrière les flocons légers qui semblent être la respiration visible de ses monstres, apparaît la menace terrifiante de 80000 baïonnettes que seule la victoire arrêtera. A l'aile et en avant de ces phalanges formidables s'élèvent d'énormes nuages de poussière; ils se rapprochent et grandissent, ils galopent comme poussés par un vent d'orage : du milieu de leurs masses confuses luisent des éclairs d'acier et de sabres nus et grondent des roulements de tonnerre. Ce sont les masses de la cavalerie qui se précipitent, pareille à une trombe humaine. Quelle prodigieuse commotion de terreur, quelle puissance de démoralisation ! Quelle grandiose impression ! impression du sentiment le plus violent, le plus irrésistible, auprès duquel la colère et la passion ne sont que jeux d'enfants, la terreur ! Tempête morale qui renverse tous les courages, brise toutes les volontés et chasse les âmes comme un troupeau épouvanté. C'est là, à cet acte suprême de la bataille, et par conséquent de la guerre, qu'on apprend d'évidence la classique expression que le bon sens populaire a consacré "l'art de la guerre". Survivant une très juste réflexion du colonel Millet, le fin de l'art étant de produire une impression, la conduite de la bataille dont le but est de produire l'impression la plus puissante qui puisse ébranler l'âme humaine, relève en effet supérieurement de l'art. Voilà la bataille napoléonnienne transposée au temps moderne. Comment réaliser cette oeuvre d'art ?" (63).

Comment faire une oeuvre d'art au siècle de la mécanique ? La cavalerie n'existe plus que pour ceux qui la composent. Et la plus grande partie n'a pas conscience de la fin de l'arme à cheval. Quelques uns l'aperçoivent mais se cachent l'avenir en redéfinissant la guerre et le rôle que la cavalerie devra y jouer. "Le but de la guerre est d'imposer sa volonté à l'adversaire, de s'imposer dans le domaine militaire en attendant de l'imposer dans le domaine diplomatique, politique et économique" (64). La cavalerie devient la "volonté pure", ce qui "impose". La guerre se fait avec "l'esprit cavalier" .

III - LA FIN DE LA CAVALERIE

"Tous les historiens sérieux et qualifiés qui ont étudié la grande guerre sont unanimes à considérer comme indiscutables deux faits précis: d'une par l'excellence des deux cavaleries adverses, d'autre part leur déplorable utilisation !" (65). Les révélations dans Adieu cavalerie du général Chambe illustrent bien la tragique inaction de la cavalerie pendant le début des opérations de la grande guerre. Il était en 1914, lieutenant de cavalerie et il écrivait quotidiennement ses impressions sur un carnet de notes dont il donne au public les passages les plus consternants sur l'inaction de la cavalerie en 1914. Avant 1914, les hauts commandements allemand et français n'avaient pas compris l'avantage décisif que le transport automobile pouvait fournir à la mobilité des troupes. La cavalerie cependant apparaissait déjà comme une arme périmée: "tout le monde le savait. Il aurait fallu être bien intelligent pour ne pas le comprendre" (66). Le général Chambe donne deux raisons à "l'entêtement des français et des allemands à la conservation de l'arme à cheval. "La première parce qu'il est difficile de se défaire d'un état d'esprit installé depuis des siècles et qui date de la plus lointaine antiquité. Depuis que le monde est monde, on s'était battu à cheval, il était impensable que cela pût ne pas continuer. Aucun état-major de nations appelés à devenir belligérantes n'avait pris sur lui le risque de décréter, qu'étant donné la puissance de l'armement moderne, le rôle du cheval de guerre était terminé et qu'en conséquence, la logique exigeait qu'on supprimât purement simplement la cavalerie. La sanction appartenait à l'avenir, elle se dégageait d'elle-même des premières opérations de la nouvelle guerre. On verrait alors. La seconde raison se paraît d'une sorte de dilettantisme, de sentimentalisme, non seulement de la part des cavaliers, mais aussi de la part de la foule. La cavalerie avait amassé tant de gloire sur tant de champs de bataille, sa légende était si brillante, si noble, le côté image d'Epinal était pour elle si ancré dans les esprits que l'opinion publique se fût émue et eut violemment réagi à la seule annonce que la cavalerie pourrait étre supprimée" (67). Bien que la cavalerie fut encore là en chair et en os, elle semble n'avoir plus été conçue comme présente dans l'élément stratégique. Deux attitudes inverses résultèrent de l'indifférence stratégique à l'égard de la cavalerie. D'une part certains généraux de cavalerie en disposèrent comme si les chevaux étaient des moteurs, d'autre part, d'autres généraux l'économisèrent au point de ne plus l'utiliser. La France comptait dix divisions de cavalerie. Les cinq généraux placés à leur tête, la guerre venue "ont perdu tout jugement et considéré le cheval non plus comme un être vivant de chair et d'os, mais comme un véhicule à moteur aux forces illimitées, à ne pas ménager parce que c'était la guerre" (68).

Joffre avait du prendre des mesures sévères à l'égard des chefs de cavalerie et en faire une sélection. Sur dix généraux placés à leur tête, cinq avaient été limogés, comme insuffisants, timorés, fatigués, ou malades. Le général Sordet (69), commandant un des deux corps de cavalerie, fut relevé de ses fonctions. Le général Chambe regrette sarcastiquement que cette hécatombe n'ait point emporté aussi les généraux préchant l'inaction. Dans ce cas se trouvait le général Conneau, commandant le second corps de cavalerie dans lequel se trouvait le jeune lieutenant Chambe. Conneau n'avait dû sa carrière dans la cavalerie qu'aux bons offices de son oncle Henri Conneau (1803-1877), médecin et intime de l'Empereur Napoléon. Dans son ouvrage, Chambe reproche au général Conneau, d'avoir été totalement incapable dans son rôle de chef. Voici comment il décrit dans son calepin son supérieur : "Le général Conneau passe prés de nous. Il est escorté de deux escadrons de spahis marocains. Tiens, il est à cheval ! il y a très longtemps que nous ne l'avions pas vu. Etant commandant d'un corps de cavalerie, il circule en automobile" (70). Chambe décrit longuement et passionnément l'évolution du front en septembre 1914, et il montre sans hésitation, avec des preuves, d'origine allemande et française, rassemblées plus tard, que ce qui avait été constaté sur le terrain par la cavalerie fut une réalité: une brêche de quarante kilomètres est restée ouverte sur le front allemand du 8 au 14 septembre 1914. Le Corps de cavalerie aurait pu s'y engouffrer pour prendre les troupes allemandes de revers en les chargeant. "Mais rien de tout cela ne se produira. Le corps de cavalerie Conneau s'arrêtera le 9 septembre au soir, le nez devant la brêche ouverte".

Il passera toute la nuit sur place, alors que le magnifique clair de lune est si beau qu'il invite à s'engager à cheval à travers champs comme en plein jour. Un temps formidable est ainsi perdu. Et le 10 septembre, il en sera de même pendant toute la journée" (71). Le général Chambe a longtemps hésité à écrire cette révélation, "soixante annèes" dit-il. "Je l'ai promis à mes camarades, aux jeunes officiers de cavalerie que nous fûmes en 1914. Je l'ai promis à nos chevaux".

Le général Chambe par ce témoignage tient à démentir ce que le général Conneau a écrit après la guerre à propos de son corps de cavalerie. Conneau écrit dans une lettre adressée au général Franchet d'Esperey, commandant la Vème Armée (au service de laquelle le corps de Conneau était), datée du 10 septembre à 22 h :"J'ai eu l'honneur de vous signaler, il y a trois jours, que la limite extrême des hommes et des chevaux était atteinte. Je crains bien qu'elle ne soit dépassée. Cependant nous irons jusqu'au bout, jusqu'au dernier cheval s'il le faut" (72). Le général Chambe dément catégoriquement cette excuse et accuse. En tant que lieutenant au 20e dragons, il a été concerné directement par les mouvements du corps Conneau. Par ailleurs, il était allé reconnaître les lignes ennemies (14 septembre) derrière la forêt de Samoussy. Il constata la totale indécision des lignes allemandes qu'il observait par derrière. Il reconnut le corps de cavalerie Von der Marwitz qui avait mis pied à terre, l'état-major et Marwitz compris. Il donna les informations mais elles furent à peine lues et se croisèrent avec celles qui donnaient l'ordre du repli complet de la 10e division qui était établie au camp de Sissonne loin à l'intérieur du front ennemi. La retraite se fit au pas et au petit trot. Le général Conneau, lui, était resté en arrière à une vingtaine de kilométres de son "avant-garde". "Le général Conneau porte la plus grande part de responsabilité dans l'inaction et l'inefficacité de son corps de cavalerie à Sissonne. Il le porte à un double titre, d'abord pour avoir affaibli son corps en le dispersant en pièces détachées, ensuite en n'accompagnant pas son élément le plus avancé en direction de l'ennemi" (73).

Le 14 septembre marque le dernier jour de la victoire de la Marne. Mais l'armée allemande a eu une chance inouïe de ne pas étre par deux fois écrasée en rase campagne par la faute de la désobéissance de Von Kluck (commandant de la lère armée allemande) qui marchait selon son choix à lui, vers le nord. Cette désobéissance avait complètement démoralisé le chef de la direction suprême des armées allemandes Von Moltke. La chance de Von Kluck fut "l'apathie du général Conneau". En relatant cette histoire, le général Chambe veut montrer combien le rôle inespéré qu'aurait pu jouer la cavalerie française sur les arrières des lignes ennemies aurait changé la face de la guerre: de "grande" elle aurait été "petite", conformément à la définition de la guerre napoléonienne. Comme Foch l'avait rappelé dans ses "préceptes de guerre", est déclaré vainqueur celui qui se maintient un quart d'heure de plus que l'autre sur le champ de bataille. Mais à Sissonne, c'est le commandement français qui a demandé à se retirer du terrain après y être rentré sur la pointe des sabots. Le 14 septembre, Moltke est relevé de ses fonctions officieusement. Le nouveau chef, le général Oberst von Falkenhayn, ancien ministre de la guerre de Prusse en 1913, se félicita que la brêche fut enfin refermée. L'Allemagne, puisque la stratégie de la prise de Paris avait failli, s'accrocha au terrain sur des positions choisies à l'avance. Les lignes de front ne varièrent plus jusqu'au repli allemand amorcé le 16 mars 1917. Au début de 1915, le haut commandement français avait fait connaitre que "sa gratitude serait acquise aux officiers de cavalerie qui descendraient de leur selle pour venir remplacer dans la tranchée, les camarades de l'infanterie tombés sous les balles allemandes"...

Foch est nommé généralissime des armées alliées sur le front occidental en mars 1918. Après avoir repoussé les offensives de l'été, il engage la bataille de France qui conduit les alliés à la victoire du 11 novembre. Foch a élaboré et appliqué une doctrine fondée sur la "puissance des forces morales", la force de caractère et la résolution. Deux ouvrages résument ses idées: "Principes de la guerre" en 1903, et ''conduite de la guerre" en 1903, Ses idées puisent largement dans l'éventail idéologique du moment qui encense "la puissance morale".

Maxime Weygand (1867-1965) après Saint Cyr entre dans la cavalerie (1887). Lors de la bataille de la Marne, il devient le chef d'état-major de Foch et le reste jusqu'à la victoire en 1918. En 1921, il publie un article qui fait un bilan de la cavalerie. Pour ce futur généralissime, "camions, chars, auto-mitrailleuses, avions, étaient du matériel, disait-il qui n'était pas fait pour faire disparaître la cavalerie mais pour lui donner un supplément de force" (74). Un officier ne partageait pas cette idée qui lui semblait typique de l'archaiïme de la pensée militaire d'alors, cet officier s'appelait de Gaulle. Amers, ne pouvant se résoudre à trancher en faveur de l'armée motorisée, les officiers de la vieille école répondaient vaguement en disant que le problème était le combat auquel tout le reste se subordonnait. "Comment se bat-on ? A pied, à cheval, comme on le peut, comme les circonstances l'exigent, mais toujours avec la volonté arrêtée de vaincre l'ennemi" (75). Cependant que le goût du cheval et la pratique de l'équitation sont abandonnés par les jeunes officiers.Brécard regrette que "l'instruction physique et les sports, comme le football, qui tendent à se généraliser, grâce à la direction éclairée qui les anime, ont peut-être exercé une influence fâcheuse sur les sports équestres" (76). Le football ! Comment le football peut-il dorénavant préparer la guerre ? La prépare-t-il ou bien l'occulte t-il ? Le terrain de "foot" devient un champ de manoeuvre et l'ennemi y figure conformément aux voeux du règlement de 1876. Lors d'une discussion à la commission d'armistice franco-allemande à Wiesbaden en 1940, le général Stulpnagel, déléqué allemand, exprime au général Huntzieger, délégué français, le rôle de la ligne de démarcation entre les deux zones nord et sud françaises : "cette ligne est un mors que nous avons mis dans la bouche du cheval français. S'il se cabre, nous serrerons la gourmette; nous la détendrons dans la mesure où la France sera gentille" (77). Dans cette guerre, celle qui opposait désormais des nations mécanisées où la lutte entre les "esprits cavaliers" passaient au second plan, la référence cavalière restait cependant présente une nation chevauchait l'autre. En 1960 voici comment le grand philosophe Karl Jaspers résumait dans Liberté et réunification l'aventure politique de l'Allemagne : "Bismark disait: mettons l'Allemagne en selle, elle saura bien aller à cheval. Nous ayant dit cela, et après avoir au début gagné trois guerres, Bismark a dirigé magnifiquement pendant vingt cinq ans la politique étrangère de son pays sans même avoir été compris par le peuple et les bureaucrates. Il n'a pas enseigné au peuple à aller à cheval, il l'a même empéché d'apprendre à monter. Après lui, les effets se manifestèrent lentement : un peuple qui n'avait pas encore appris l'équitation, un groupe de dirigeants incapables de se tenir en selle, empereur, fonctionnaires, généraux, une fois sur leur cheval le laissèrent faire des cabrioles téméraires et stupide, et s'emballer finalement jusqu'au moment où après divers changements politiques le monde cessa de considérer cette monture comme un cheval et ne vit plus qu'un chien enragé qu'il abattit. Nous en étions là en 1945. Aujourd'hui, notre grande tâche, c'est d'apprendre à aller à cheval sous la protection de l'occident et solidairement avec lui. Si nous échouons, ce n'est pas seulement le nouvel Etat allemand qui sera perdu, mais probablement beaucoup davantage. Ayant vécu et fait ce qu'il peut y avoir de plus horrible, nous devrions être capable désormais de voir clair jusqu'au plus profond. Ce que Bismark n'a pas fait, c'est à une partie du peuple allemand de le faire" (a).

 

 

 

NOTES DU CHAPITRE XII

(a) Karl Jaspers, Liberté et réunification, Gallimard 1960, page 117 et 118

(1) GALLIFET (Gaston, Alexandre, Auguste, marquis de), Les vaillantes chevauchées de la cavalerie française, 1870-71.

Gallifet aurait été l'homme de la victoire dans les deux guerres si en 1870 il avait eu plusieurs divisions et si en 1914, il avait eu un corps de cavalerie avec vingt ans de moins. Il n'eut ni l'un, ni l'autre, mais il obtint le ministère de la guerre dans un gouvernement Waldeck-Rousseau (1899-1900). Il n'en tira aucune gloire et voici comment il raconte l'épisode : "La gloire d'être ministre!" "Pendant mon ministère, j'ai été un jour chasser chez les L. à Rambouillet. Je rencontre le garde champêtre, un vieux brave homme qui avait servi avec moi en Afrique : "Bonjour, mon général, me dit-il, comment se fait-il qu'on ne vous voie plus ?

  • C'est que je suis très occupé.
  • Qu'est-ce que vous faites donc ?
  • Eh bien, mais je suis ministre de la Guerre !
  • Pas possible ! fit le garde-champêtre. Or cet homme, depuis trois mois, collait de sa main les affiches de convocation de classes, signées de mon nom. Il est vrai qu'en guise d'excuse, il ajouta : "Les ministres ! C'est comme cela qu'en Afrique, nous appelions les mulets de bât, parce qu'ils étaient "chargés des affaires de l'Etat".La gloire... la voilà !".

Le marquis Gaston Alexandre de Gallifet (1830-1909) était issu d'une vieille famille de nobles. Après avoir dépensé sa fortune, il s'engagea en 1848 et fit toute sa carrière dans la cavalerie.

(2) VIAL, op. cit., T.1., 1861, pp. 34, 35.

(3) Lettres d'un cavalier - la cavalerie aux manoeuvres de 1897, Revue de cavalerie, mars 1898, p. 691.

(4) Un vétéran, La cavalerie française et la critique du règlement de 1876, p. 39.

(5) Id., p. 6.

(6) SILVESTRE, 1898, pp. 88 et 89.

(7) Revue de cavalerie, T. 17, avril 1893, le cheval.

(8) Revue de cavalerie, T. 31, avril 1900, p. 79.

(9) CHERFILS, Essai sur l'emploi de la cavalerie, p. 45.

(10) CROZIER (M.), On ne change pas la société par décrêt, p. 48.

(11) AUBIER (A.), L'emploi de la cavalerie aux manoeuvres de 1897, 1898.

(12) ARDENT DU PICQ, Les études sur le combat, notes.

(13) ARDENT DU PICQ, cité par CHERFILS, Essai sur l'emploi de la cavalerie, pp. 324, 325.

(14) CHERFILS, op. cit., pp. 506 à 511.

(15) Id., p. 511.

(16) Id., p. 323.

(17) Revue de cavalerie, T.2, janvier 1886, p. 353.

(18) Revue de cavalerie, T. 1, 1885, p. 131. Décret du 31 mai 1882 (Bases de l'instruction, titre ler). (note que manque)

(19) Revue de cavalerie, "Essai sur l'instruction pratique des cadres dans la cavalerie", mai 1896, Tome 23, p. 131.

(20) Revue de cavalerie, T.2, 1885, p. 128, L'instruction de la cavalerie.

(21) THOMAS (colonel), De l'esprit militaire en France, 1888, d'après une conférence publique faite à Rambouillet le 25 mars 1888, p. 13.

(22) Revue de cavalerie, T.3, juillet 1886, p. 362.

(23) Nos écoles répondent-elles à l'esprit de nos règlements ?

(24) Id., p. 39

(25) "Guérisser mais n'amputez pas", Revue de cavalerie, octobre 1906, p. 37.

(26) L'esprit cavalier, à propos du règlement de 1899, p. 8.

(27) Revue de cavalerie, T. 14, 1891, p. 484.

(28) CHERFILS, Essai sur l'emploi de la cavalerie, p. 42.

(29) Id., pp. 344, 355.

(30) Revue de cavalerie, T.1., 1885, p.131.

(31) CHERFILS, op. cit., p. 283.

(32) CHERFILS, op. cit., p. 284.

(33) Id., p. 285.

(34) Id.

(35) Id., p. 285.

(36) Id., p. 286.

(37) BLAQUE BELAIR (lt-colonel), A propos du nouveau manuel d'équitation et de dressage, 1912, p. 12.

(38) Revue de cavalerie, janvier 1886, T.2., p. 353.

(39) BLAQUE BELAIR, Id., pp. 14, 15.

(40) Id., p. 15.

(41) Id.

(42) CHAMBE (général), Adieu cavalerie, Bataille gagnée - Victoire perdue, Plon, 1979, p. l7

(43) Id., p. 18.

(44) Revue de cavalerie, T. 3, juillet 1886, p. 364., un peu de philosophie sur les courses militaires.

(45) Id., p. 365.

(46) Les courses militaires et les chevaux d'armes, T.2, pp. 181-182.

(47) Revue de cavalerie, juillet 1886, p. 388.

(48) A., L'esprit cavalier, p. 33.

(49) "Genèse et caractère du nouveau règlement", Revue de cavalerie, T. 29, avril, sept. 1899, pp. 649, 650.

(50) Revue de cavalerie, T. 29, pp. 651 à 654.

(51) REPELLIN (lieutenant-colonel), "L'esprit cavalier", Revue Plaisirs équestres, pp. 286 et 287.

(52) CHOPPIN, op. cit., 1898, p. VI.

(53) Id., p.292.

(54) "De l'évolution des idées dans la cavalerie", Revue de cavalerie, p. 477.

(55) Instruction tactique pour les manoeuvres du 18e corps d'armée, 1890, p. 7.

(56) SEREVILLE (colonel de), Ecole du régiment, Dressage au combat à cheval, 1909, p. 1.

(57) LE PRINCE (capitaine), A propos des manoeuvres d'automne, Etude tactique, 1889, p. 5.

(58) MARTIN (J.), Directives tactiques pour la formation et la conduite de la division de cavalerie, 1888, p. 7.

(59) BONNAL (général), La première bataille, organisation de la cavalerie, 1908, p. 86.

(60) Revue de cavalerie, n° 49, juillet 1909, p. 422. "La cavalerie hier et aujourd'hui".

(61) KESSLER, Tactique des trois armes, 1895, cité par Revue de cavalerie, juillet 1909, n° 49, pp. 423-424.

(62) CHERFILS, op. cit., p. 548.

(63) Id., pp. 553-554.

(64) SALMON (H.), Etude sur la cavalerie, p. 30.

(65) RAYMONDAUD (H.), "Une page d'histoire", Plaisirs équestres, n° 79, 1975, p. 60.

(66) CHAMBE (général), Adieu cavalerie, 1919, p. 12.

(67) Id., p. 13.

(68) Id., p. 80.

(69) SORDET, né en 1852, sous-lieutenant en 1871, général de division en 1910, transcrivit une conférence sur la tactique de la cavalerie, qu'il fit en 1900 aux officiers de garnison de Sedan, Côté BN. 8o V pièce 13503.

(70) CHAMBE, op. cit., p. 87.

(71) Id., p. 104.

(72) Id., p. 110.

(73) Id., p. 258.

(74) Cité, Revue de cavalerie, 1921.

(75) BRECARD (général),(1867-1952), L'orientation de la cavalerie, 1921, p. 14.

(76) Id., p. 15.

(77) Plaisirs équestres, avril-mai 1965, n° 20, p.145.